Chez nous, le 8 novembre 1942 c'est Pourim

Par Ariel Carcienté

Ariel Carcienté relate ici comment il a été miraculeusement épargné avec sa famille, le 8 novembre 1942 à Casablanca:

Le cuirassé Jean-Bart, amarré dans le port de Casablanca  aux mains des français de Vichy, tirait au canon sur les troupes anglo-américaines  qui venaient de débarquer.  Un obus s'est abbattu sur sa maison sans exploser !

Il nous raconte également d'autres souvenirs de cette époque .

 

Ariel Carcienté a fait parvenir son témoignage de souvenirs à Lucien Gozlan avc la mention suivante :

Jérusalem 23-09-2014

Cher Lucien,

Kol Hakavod pour le travail sacré de mémoire.

Nous allons bientôt lire dans la Parasha Haazinou : Zekhor Yemot Olam,

Rappelles toi les jours passés!

Cheal avikha veyagedkha zekenekha veyomrou lakh.

Oui, il est temps , tant que cela est possible, de récolter tout ce qui peut l’être encore.

                                                                                 

 

Chez nous le 8 novembre 42 c’est Pourim.

 

Ce jour-là ou le lendemain un obus, tiré par un des grands destroyers américain, est tombé sur notre maison familiale dans la vielle médina. Mon père était à l’étage et se préparait à aller prier minha.

Au rez de chaussée se trouvait une cousine à lui, qui était venue pour être à coté de la synagogue Ettedgui, pour les prières du mois après le décès de son mari.

 (Slat Tetouanym) Bet Hakenesset Tiferet Israel.

Une grande salle séparée de la maison  faite en 1874 et refaite en bâtiment vers1929.

Mon arrière-grand-père Samuel de Elias Ettedgui ( Ben Shemouyal ) a eu la nationalité Portugaise en 1873 et donc devenu protégé Portugais, a pu se le permettre.

A l’époque tout le monde avait une chambre dans la maison.

L’obus tombé sur la maison l’a fait s’effondrer et la veuve est décédée avec ses 2 enfants.

Je dois préciser au sujet du miracle, que même les artificiers de la marine française n’ont pas pu expliquer comment l’obus qui pesait plus d’une tonne, n’a pas explosé.

Le premier camion venu le sortir a eu son châssis cassé et il a fallu en faire venir un autre.

Ni le percuteur n’a fonctionné, ni la montre qui devait, même à retardement faire exploser l’obus, n’a fonctionné.

Toute sa vie mon père remerciait le Créateur de l’univers et quelqu’un m’a dit discrètement : ton père tous les jours à minha  récite le début du passage de : Al Hanissim---bazeman hazei.

Les artificiers lui ont remis le percuteur et cette montre que je n’ai pu prendre à mon dernier voyage au Maroc.

Cet obus a été signalé dans un livre sur le Jean Bart , comme ayant ricoché et être allé se planter  quelque part.. Le Jean Bart était amarré a la jetée de Lure

à Casablanca. La maison familiale se trouvait derrière et a l’intérieur des remparts.

Monsieur Sebbag (Youssef ?), le père d’un collègue, qui a l’époque avait 16 ans, est allé chercher une échelle pour aider mon père a descendre. Il était dans un état second  et était encore assis sur le rebord de son lit.

Il n’y avait plus d’escalier dans cette maison qui avait eu 18 chambres.

*****

En 1978 j’ai découvert dans les papiers familiaux que mon père était allé se faire recenser.

J’imagine que ma mère quand elle l’a appris lui a dit ce qui l ‘attendait.

Ceux qui étaient pris ou envoyé ne revenaient pas. Elle le savait car tous les jours elle allait

Dans les camps où se trouvaient les refugies qui arrivaient et prenait contact en Europe

avec leur famille ou des voisins pour leur donner des nouvelles.

Téléphoner a Berlin, Vienne, ou Budapest pour elle n’était pas un problème.

En premier, elle était fondée de pouvoir de la compagnie Alsacienne d’Assurance,et avait tous les téléphones que tu voulais.

Deux, elle parlait français, suisse deutsche, allemand, et autres patois.

Trois, elle n’était pas inquiétée de ces téléphones , comme elle  me le racontait, elle rencontrait dans la cage d’escalier, des hommes avec le chapeau et le par-dessus, des hommes de la Gestapo. Ils avaient des bureaux dans le même immeuble boulevard de la Gare à Casa.

J’imagine que c’est la raison pour laquelle mon père se promenait avec un pistolet.

Il a été arêté car il n’avait pas de permis de port d’arme et relâché quelques heures après

Ses oncles étaient très connus dans la communauté.

Je dois aussi préciser que ma mère qui habitait Strasbourg est allée  en Allemagne à Eppingen

(à 30 km de Karlsruhe) chercher sa grand-mère Madele Sarah Ettlinger pour l’amener chez sa fille à Strasbourg. La police des frontières n’a rien dit malgré le fait qu’il y avait un grand  J rouge sur son passeport allemand. Toute la famille a été replie à Bergerac et de la, les assurances alsaciennes ont envoyé ma mère à Alger.

Première chose qu’elle a fait après s’être installée, trouver une synagogue.

Qui elle a rencontré comme « israélite dans la rue » ? en tout cas cette personne l’a amené à une synagogue ou elle y a rencontré les Cherqui. La famille de Eliezer,  qui bien sûr, l’a souvent invité  chez elle.

J’imagine qu’elle a dû raconter tout ce qu’elle a vu en Allemagne et ce que les autres refugiés

lui ont raconté. Ma mère qui parlait plusieurs langues a toujours pense en Hébreu. Toujours avec une bible. Elle logeait à Alger chez une madame Dukhan qui avait une fille unique.

L’immeuble avait une splendide double porte en fer forge noir.1er étage avec balcon.

(souvenir d’un enfant de 2.5 ans / 1954)

Ce sont les Cherqui qui lui ont donné une lettre de recommandation pour le Rabbin Isaac Rouche qui était à Casablanca. Fin 40 début 41 elle était déjà à Casablanca.

 

******

Le General Noguès.

Mon voisin monsieur Salomon Cohen (94 ans) m’a raconté qu’une fois le General Noguès est venu chez un grand notable de la ville : Bennei Issakhar

Comme cela il était connu. (C’est peut-être le nom de sa synagogue) pour qu’il encourage les juifs à se faire recenser. Il  m’a dit que «  Bnei Issakhar » les avait empêché de lui régler son compte. Le soir, ils ont téléphoné au Glaoui, le pacha de Marrakech pour lui demander quelle conduite à avoir. Il leur a interdit de se faire recenser.

Mon père qui avait un poste de radio ne m’a jamais dit ce qu’il écoutait mais des amis a lui m’ ont dit une fois : ton père c’est où la B.B.C ou Kol Israël.

 

Monsieur Elie Sebbag qui habitait place de Verdun et qui tenait avec sa femme un débit de tabac, quand je lui ai demandé quoi avec le recensement ? Sa réponse a été : « nous ne sommes pas allés nous faire recenser car nous savions que les américains allaient débarquer. »

En 1997 est arrivé à Jérusalem une juif  américain a l’hôtel ou je travaillais.

Nous avons parlé et la discussion a bifurque sur ce qu’il faisait, après que je lui ai dit que je travaillais  à l’hôtel. Il m’a dit qu’il était médecin et vu son âge je lui ai demandé où il était entre 1940-1945.

Sur place il m’a dit, j’étais à Alger. Nous avons débarque le 8 novembre 42.

Il m’a envoyé même des photos après être rentré au U.S.A.

Ensuite, il a participé au débarquement en Provence et m’a dit que ce sont eux qui sont allé a la grande synagogue rue de Breteuil ,qui n’avait plus de portes, pour organiser les offices de Rosh Hashana.

 

Voilà ma mémoire sur le débarquement du 8 novembre 1942.

Pour des documents: j’ai heureusement réussi à faire monter mes parents en 1979.

Avec une valise. Tout est reste derrière nous.

La clef sous le paillasson. !!!

 

Ariel Carcienté

Cuirasse jean bart apres les bombardements par l aviation americaine nov 42

Le cuirassé Jean-Bart, amarré au port de Casablanca le 10 novembre 1942

avec d'importantes avaries après les bombardements par l'aviation américaine

Commentaires (1)

marc Ohana
Bonjour Ariel,
Tes conjectures sur’origine du tir de cet obus qui a dévasté ta maison, se vérifient après des recherches sur la « Naval battle of Casablanca » (ainsi nommée par les Américains et dont j’étais loin jusqu’ici de réaliser l’intensité et la dimension, bien que né Casablanca aussi et toujours intéressé par le port, la mer, et le débarquement des Alliés.)
Cet obus a été tiré par un des canons de l’USS Massachussetts : la taille que tu rapportais de l’obus, d’un diamètre de près de 40 centimètres, très gros, très lourd, qui avait effondré une grande partie du bâtiment est celle des obus de 406mm (16’’) qui pèsent 1000 ou 1200 kg (selon le modèle : explosif ou pour percer les blindages) que ce cuirassé, le plus grand et le plus puissant bateau de guerre de la flotte américaine de débarquement était le seul à pouvoir tirer depuis 22 km au large (la portée maximum de ses canons était 32 km, au-delà de l’horizon vu depuis 50 m au dessus du niveau de la mer).
Les plus gros obus de l’USS Augusta, qui ont été tirés aussi sur le Jean-Bart ne pesaient que 200kg pour 20 cm de diamètre.
Un témoin oculaire a décrit aussi le ricochet d’un obus de 406 de l’USS Massachussetts sur un abri en béton de la jetée Delure pour aller fracasser le balcon d’un immeuble du côté de l’Amirauté. (2)
Autre particularité : lors de la bataille, sur les 800 obus de 406 à bord de l’USS Massachussetts, 786 ont été tirés. (3) Mais un nombre inhabituel d’entre eux n’a pas explosé : les détonateurs qui avaient été manufacturés en 1918, et avaient été montés sur ces obus, ont été défectueux.
Un défaut qui a été une chance pour certains, et pas pour d’autres. Mais si l’obus avait explosé en touchant la jetée, il n’aurait pas ricoché et rebondi jusqu’à la maison des Carcienté ?

(1) https://en.wikipedia.org/wiki/Naval_Battle_of_Casablanca
(2) http://www.amedenosmarins.fr/article-novembre-1942-operation-torch-drame-pour-la-marine-113131686.html
(3) https://en.wikipedia.org/wiki/USS_Massachusetts_(BB-59)

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Date de dernière mise à jour : 06/03/2018