Haim Cohen Solal, negociant

Une figure marquante du judaïsme algerois

(Alger, 1819 – Alger, 31 janvier 1884)

Par Valérie Assan

Valérie ASSAN, enseignante, a publié Les Consistoires israélites d’Algérie au XIXe siècle. « L’alliance de la civilisation et de la religion » (A. Colin, 2012).

Haïm Cohen-Solal apparaît comme une figure représentative de l’élite juive « indigène » qui sut concilier la fidélité aux traditions locales et l’ouverture à la modernisation du judaïsme algérien.

Il est le fils de Yéouda Cohen-Solal (ou Cholal), lui-même issu d’une famille séfarade des Baléares, et de Messaouda Cohen-Salmon. Qualifié dans les documents administratifs tantôt de maître tailleur, tantôt de marchand d’habits ou de négociant, il a un commerce florissant dans la capitale algérienne et sait profiter des nouvelles opportunités apportées par la conquête française. Il reçoit une médaille de 2e classe dans la catégorie « Confection des articles de vêtements ; fabrication des objets de mode et de fantaisie » à l’Exposition universelle de 1855. Il est en outre nommé en 1866 membre du comité de l’Exposition universelle de 1867.

Il représente à plusieurs titres ses coreligionnaires auprès des autorités françaises dans les années 1850. En effet, nommé conseiller municipal « indigène » en 1850, il est renouvelé dans ses fonctions pendant plusieurs décennies. Il devient également membre du Consistoire israélite algérien par arrêté ministériel du 21 décembre 1859, mais n’est pas renouvelé dans ses fonctions par la suite, certainement parce que le Consistoire algérien cesse presque totalement de fonctionner au début des années 1860 tant est forte l’opposition au grand rabbin alsacien Michel Aron Weill. Du reste, il faut attendre la démission forcée de ce dernier et plusieurs modifications de l’organisation consistoriale algérienne pour que l’administration communautaire se remette en marche. Quant à Haïm Cohen-Solal, il se présente aux premières élections consistoriales organisées par les Juifs de la colonie en 1871 à la faveur du vent démocratique, mais est battu. Il vient pourtant d’être élu au scrutin municipal de février, sur la liste radicale, signe de la politisation naissante des Juifs « indigènes » de la colonie.

En 1876, après le décès du grand rabbin d’Alger Lazare Cahen, il adresse au ministère des Cultes une pétition de 332 Juifs demandant la nomination de Joseph Stora, fils du dayyan algérois Abraham Stora. Mais le rabbin, semble-t-il, ne s’était pas porté candidat pour ce poste.

Haïm Cohen-Solal est identifié par les autorités françaises comme un partisan du progrès et un bienfaiteur de la communauté juive algéroise. Il ouvre en effet une école dite « Talmud-Thora », inaugurée le 19 août 1849 en présence du grand rabbin Michel Aron Weill. Grâce à celui-ci, l’établissement obtient ensuite une subvention régulière de la municipalité. Les enfants qui le fréquentent, au nombre de 150 en 1855, sont habillés aux frais du fondateur. Le local abrite également une salle d’asile, qui est inaugurée officiellement en 1856 et prend à la suite d’une délibération du conseil municipal du 12 février 1857 le nom d’ « Asile Cohen Solal ». Il fait partie du Comité israélite de bienfaisance à partir de 1866.

Mais sa contribution la plus originale à la transmission du judaïsme en terre algérienne consiste sans aucun doute dans l’imprimerie hébraïque dont il est le propriétaire. Il édite notamment en 1854 Nesiad Israël, une œuvre du Juif roumain J. J. Benjamin de passage en Algérie et, en 1855, la première Haggadah de Pessah d’Afrique du Nord, accompagnée d’une traduction en judéo-arabe.

Signe de sa volonté d’intégration dans la société coloniale, il exerce ses activités philanthropiques non seulement en direction du monde juif, mais également en dehors de lui : membre de la commission des logements insalubres à Alger de 1867 à 1878, du conseil d’administration de la société La Famille de 1859 à 1861, du conseil d’administration du Mont-de-Piété et de celui de la Caisse d’Épargne, il fonde en 1870, à ses frais, un fourneau économique ouvert aux Juifs et aux Européens.

Il fut également l’un des rares Juifs « indigènes » de la colonie à demander la citoyenneté française à la suite du sénatus-consulte du 14 juillet 1865, citoyenneté qu’il obtient par décret du 28 novembre 1866.

Proposé en 1861 par le maire d’Alger pour la croix de chevalier de la Légion d’honneur, il n’est finalement nommé que vingt ans plus tard, par décret du 20 février 1880. Le maire d’Alger, Feuillet, avait écrit dans un rapport favorable : « Le Maire d’Alger certifie en outre, ce qui est de notoriété publique, que M. Cohen Solal jouit d’une réputation justement méritée. Son désintéressement et ses actes nombreux de philanthropie ont valu à ce citoyen modeste et dévoué à la chose publique l’estime de ses concitoyens. »

Il a épousé Camire Chiche à Alger le 22 décembre 1842. Alors âgée de 16 ans, orpheline de père (Zacharie Chiche) et de mère (Semha Soussi), celle-ci avait pour tuteur Meyer Chiche, marchand épicier alors âgé de 25 ans, qui devint par a suite membre du consistoire d’Alger. Haïm Cohen Solal eut plusieurs enfants de Camire : l’aîné, Léon, né le 1er février 1844 au domicile familial, 33, rue Médée, meurt le 29 juin de la même année. Messaouda, née le 13 juillet 1850 à Alger, épouse le 27 juillet 1869 à Alger Salomon Acris, employé de commerce, lui-même né en 1835 et fils d’Aaron Acris et de Namina Ben Samon. Une autre fille, Zara, naît le 13 octobre 1852 à Alger. Un second fils, Aaron, naquit le 21 mars 1855 au domicile familial alors situé faubourg Babel-Oued. Haïm et Camire Cohen-Solal eurent encore une autre fille, Semha, née le 18 décembre 1858 à Alger. Celle-ci épouse à Mostaganem le 24 septembre 1878 Isaac Amar, négociant né à Alger le 7 novembre 1846, fils de Mardochée Amar, négociant, et de Sultana Amar.

Sources

  • ACC, 1B6, pp. 155-156. AN, F19 11148 ; LH 1258 44. FR-ANOM, état civil Algérie. Archives israélites, 1879, p. 23 ; 1884, p. 51. L’Univers israélite, 1855-1856, p. 274. Akhbar, 24 janvier 1850. J. J. Benjamin, Eight Years in Asia and Africa, Hanover, 1859 (extrait traduit en français dans Robert Attal, Regards sur les Juifs d’Algérie, op. cit., pp. 167-169).

Pour citer cet article

Assan Valérie, « Haïm Cohen-Solal, négociant. (Alger, 1819 - Alger, 31 janvier 1884)», Archives Juives 2/2012 (Vol. 45) , p. 143-144
URL : www.cairn.info/revue-archives-juives-2012-2-page-143.htm.

 

 

Commentaires (1)

LELOUCH
  • 1. LELOUCH | 16/01/2017
Haïm Cohen-Solal est mon arrière-arrière grand-père. Le Dayyan Abraham Stora ici cité est mon arrière grand-père, son fils, le Grand-Rabbin Joseph Stora étant mon grand-oncle.
Concernant Léon et Simhat Cohen-Solal - s'il s'agit bien de Simhat, Blanche, ma grand-mère et de son frère Léon - , l'article pourrait comporter des erreurs d'état-civil.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau