Histoire des éclaireurs israélites de France à Constantine

 

Par Georges FHAL

Publié avec l'autorisation spéciale pour Judaicalgeria de Mr Georges FHAL et de Mr Jacques NAKACHE de l'AJOC

Reproduction interdite

Le mouvement des Éclaireurs Israélites de France a été créé à Paris par Robert GEMZON en 1923. Mais c’est en 1938 que ce Mouvement a vu le jour à Constantine. Il est toujours difficile de citer des noms de fondateurs, car il y a le risque constant d’en oublier certains qui, cependant, étaient présents. Ceux dont les noms restent particulièrement attachés aux débuts des Éclaireurs Israélites dans cette région, sont entre autres. Mardochée ELBAZE (KARIBOU) Adolphe GUEDJ (RENARD), Salomon ELBAZE (FAUCON), Pierre ADDA (REQUIN), Aline SAGHDOUN (BAGHEERA), Félix et Alexandre Sultan, Adolphe AINOUZ (Girafe), Pierre ZERDOUN, Berthe ALLOUCHE (Soldanelle), NANOU  COHEN TENOUDJI (Abeille), Berthe ZERBIB (PETRELLE), etc. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que le parrain de ces fondateurs, celui qui, par ses conseils les a guidés dans leurs premiers pas, est un marseillais ; à la fois représentant en grains, écrivain, et poète, brulant lui aussi, du feu de ce scoutisme juif, jeton d’enthousiasme, de solidarité et d’idéal. Et ce parrain, auquel je suis heureux de rendre hommage, porte 3 noms : Roger EISINGER, pour l’état civil, Emmanuel EYDOUX, pour la littérature, Catapulte, pour les Éclaireurs Israélites.

C’est ainsi que, succédant à la première troupe d’Éclaireurs, « Gédéon », naissent plusieurs troupes, plusieurs meutes de louveteaux, plusieurs compagnies d’Eclaireuses, une envolée de petites ailes, un clan dur et pur de routiers. En même temps, se développent dans toute la région, à A SETIF, BATNA, PHILIPPEVILLE, GUELMA, TEBESSA, BONE, SOUK ARRAS, KHENCHELA des groupes actifs du mouvement

Mais ceci, n’est que la première étape. En …, avec la guerre 39-40, à laquelle participèrent de nombreux ainés ; avec la période sombre du gouvernement de Vichy, qui lui succéda, une nouvelle étape commence, temps difficiles, temps d’épreuves ; mais aussi, pour les Eclaireurs Israélites de Constantine, temps de défi et d’affirmation de soi.

Cette deuxième étape débute par l’arrivée à Constantine d’un officier Polytechnicien, Robert Munnich, chargé par la direction Eclaireurs Israélites d’établir des relations avec des fermiers juifs de la région en vue de l’arrivée probable d’enfants juifs de la Métropole.

Mais cette opération n’aura pas lieu en raison de l’arrêt des communications entre la France et l’Algérie. Cependant, durant l’occupation, les maisons d’enfants dirigées par les Eclaireurs Juifs joueront un grand rôle dans le sauvetage des enfants juifs.

Avec le titre de commissaire de Province, le Général Robert Munnich reste dans notre ville et prend la direction de l’équipe de chefs.

Paradoxalement, cette époque difficile, à tous les niveaux connaît, sur le plan scout, une augmentation importante des effectifs. Comme le dit notre Thora : d’un mal peut souvent sortir un bien. En effet, en raison du numérus clausus instauré par le gouvernement de Vichy, même les associations sportives et les mouvements de jeunesse ont été dans l’obligation de conserver parmi leurs adhérents que 2 % de juifs. Ce qui fut le ca, entre autres, des Eclaireurs de France (laïcs) et des Eclaireurs Unionistes (protestants) dont de très nombreux juifs faisaient partie. La majorité de ceux qui furent ainsi renvoyés, entre immédiatement aux Eclaireurs de France ; renforçant ainsi fortement ce mouvement. Ce qui fut, en particulier, mon propre cas.

« Israël vit toujours malgré toutes les haines ; Israël vivra malgré ses ennemis »…

C’était en 1941, à cette époque où la France, vaincue par l’Allemagne quelques mois plutôt, multipliait envers le vainqueur, les gages de soumission, d’adhésion à ses idées racistes…… partout et le plus rapidement possible, à témoigner de son désir de plaire par tous les moyens à l’occupant.

L’Algérie, bien que située en zone dite libre, professait aussi les mêmes opinions et les mêmes tendances. Et ceci, d’autant plus volontiers que tous les ténors de droite et d’extrême droite, et ils étaient nombreux, voyaient là, enfin l’occasion de rejoindre une politique qu’ils admiraient, et d’extérioriser ouvertement des sentiments fascistes et antisémites refoulés trop souvent.

Dans ce climat tendu, hostile, où les amis d’hier devenaient méprisants, distants ou condescendants ; dans ce pays de soleil et de douceur de vivre, envahi par la délation et l’injustice ; tandis que les lois de Vichy, prenaient de plus en plus corps, et que nos cartes d’identité s’ornaient d’un cachet, « Juif Indigène » ; les Eclaireurs de France défilaient fièrement en chantant.

 

Aux départs et aux retours des sorties, à travers les grandes artères de la ville, chapeaux « … Boss » et foulards au vent, éclaireurs, louveteaux et routiers, garçons et filles de 6 à 20 ans, marquaient de leurs pas rythmés et de leurs chants, leur présence.

Et le soir de jours de fête, tels que LAG- BAOMER, HANOUKA, ou POURIM, c’est à la lueur des torches, avec drapeaux à fanions, que résonnaient encore plus vibrantes les voix de nos jeunes.

Le ton et les paroles, l’allure et le regard, signifiaient que ces chants étaient avant tout, un défi, une réponse.

Réponse au Numérus Clausus couvrant de sa médiocrité et de sa mesquinerie les écoles et les lycées, les Universités et les professions libérales, et jusqu’aux Associations sportives et Mouvements de Jeunesse, pourtant lieux privilégiés d’amitiés, d’égalité et de joie.

Réponse à la petitesse, la jalousie et la méchanceté de tous ceux qui trouvaient, grâce aux lois de Vichy, un exutoire, une occasion inespérée de compenser leurs insuffisances et leur incompétence.

Réponse aux pouvoirs publics qui faisaient de l’affront une règle, et de l’injustice, une loi.

Mais ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’en cette époque difficile où l’essentiel manquait souvent, où les restrictions concernaient de nombreux domaines ; les files d’attente devant les magasins d’alimentation étaient la norme du moment. Et, dans ce contexte, les routiers et les cadres assumaient bénévolement un véritable service civique. Plusieurs fois par semaine, dès 5 heures du matin, ils étaient présents et veillaient, en uniforme et avec le sourire, au bon déroulement de ces files d’attente ; particulièrement devant les boucheries et les boulangeries.

Avec la création d’écoles privées juives, remplaçant l’école laïque d’où élèves, instituteurs et professeurs avaient été exclus, de nouvelles taches furent prises en charge par les Eclaireurs de France. Celles de gérer, de servir et d’animer, plusieurs fois par semaine, les centaines de repas organisés et financés par une œuvre juive, la bouchée de pain ; présidée par le regretté M. Edouard LALOUM.

 

A la suite du débarquement allié en Algérie, le 8 novembre 1942 (opération à laquelle participent de nombreux juifs), beaucoup de choses reprennent leur place. Les juifs retrouvent leur dignité.

Bien que les régularisations administratives aient mis plusieurs mois pour rentrer dans l’ordre (décret Crémieux n’a été rétabli que le 21/10/1943), beaucoup de chefs et aînés partent à l’armée dès février, mars 1943. Aux côtés des alliés et de ceux qui dès 1940, avaient rejoint la France Libre ou le Général Leclerc, ils sont présents sur tous les fronts.

 

Ces Eclaireurs Israélites d’Afrique du Nord représentent la symétrique des autres Eclaireurs Israélites qui, en France, au sein de plusieurs maquis, dans les rangs de la compagnie Marc Haguenau, ou dans le cadre d’organisations de résistance, participent à la lutte contre l’occupant, au sauvetage des enfants juifs ou à la confection de faux papiers.

En ce qui concerne Constantine et la région, malgré ces nombreux départs, le Mouvement reste fort et actif grâce à l’arrivée de nouvelles générations, et au maintien, par courrier, des relations entre ceux qui sont sous les drapeaux et les jeunes cadres œuvrant sur place.

La troisième étape commence en 1946, avec le retour des « anciens » auréolés de gloire et de souvenirs.

(A suivre)

 

 

Quelques photos Collection :   Georges FHAL

 

Troupe de robert munnich 1947Troupe de Robert Munnich

Année 1947

  Troupe de leon cohen 1946

Troupe de Léon Cohen -  Année 1946

 

  Devant le midrash le 11mai 1947Devant le Midrash le 11 mai 1947

 

 

Depart en direction du camps du kroubsDépart en direction du camp du Kroubs, sur la route de Sidi Mabrouk

Le 6 avril 1948

 

Defile devant la statue du generak lamoriciere

Défilé place du Général Lamoricière.

On aperçoit la statue du Général Lamoricière, au fond le garage Citroën devenu depuis les bureaux d'Air Algérie.

Année 1948.

 

.   Defile devant le pont suspenduDéfilé devant le pont suspendu

Année 1947

Commentaires (4)

HALIMI Jacky
  • 1. HALIMI Jacky | 24/02/2016

HAZAK CHEF "Boulette"

Lebaar
  • 2. Lebaar | 23/02/2016

Bonsoir,
Ma mère a fait partie des scouts israélites de Tébessa, elle s'appelle Jacqueline Touitou née en 1933, elle a de bons souvenirs et surtout la mémoire de toute sa troupe. Papa Roger Lebaar de Médéa né en 1927 se souvient aussi très bien de cette période. Il est très fière de sa petite fille qui à été à son tour RGL. Papa est même venu au 90è avec moi.

HALIMI Norbert
  • 3. HALIMI Norbert | 23/02/2016

tres bel article.

J'ai connu une partie des eclaireurs cités. Georges Phal avait pour totem "BOULETTE" feu Roland Draï "BELIER bébé Edouard Elbaz "LYNX" sans oublier Girafe Le pauvre Adolph AÏNOUZ.
mon premier mouvement de jeunesses fut les EI de Constantine avanr que je rejoigne le Bné Akiva.
que de bons souvenirs et je me rappelle d'avoir défilé avec ma troupe et le soir de Lag Baomere et le 14 Juillet a la retraite aux flambeaux à la rue de France et la place Negrier.

bravo a vous tous et aux prochains articles.

j'ai vu l'article de la petite vaisselle de pourim et Pessah où l'on faisait la KHALOTA
je ne sais pas ou est passe cette vaisselle.

a+++

Norbert

Attlan
  • 4. Attlan | 22/02/2016

Que de merveilleux souvenirs !

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Date de dernière mise à jour : 24/02/2016