Jacques Lazarus, Itinéraire d'un juif de France dans le siècle

Jacques Lazarus, Itinéraire d’un Juif de France dans le siècle : de la métropole à l’Afrique du Nord (1943-1962),Par  Jacques – Bernard Sadon  Mémoire de maîtrise, Conform édition, 3 rue Darboy 75011 Paris

Jacques lazarus itineraire d un juif de france

Jacques LAZARUS 1916-2014

Né en 1916, dans une famille juive d’Alsace, très patriote, souhaitant faire une carrière militaire, il est sous-officier dans l’armée française en 1939-40. Il en est exclu par application du statut des Juifs, et cherche à passer en Espagne. C’est en février 1943 qu’il rencontre un de ses anciens camarades de l’École de Travail israélite de Strasbourg qui le convainc de rejoindre l’Armée juive (AJ) dans la région de Grenoble. Il continue à travailler tout en s’investissant dans les activités de sauvetage.
Il est, à partir de l’automne 1943, chargé de l’instruction militaire des jeunes militants sionistes, et se déplace en France, dans le cadre de missions, comme l’inspection du maquis du Rec, dans le Tarn, un maquis de l’AJ. Il participe à la récupération d’armes pour la résistance dans la région de Toulouse (mars 1944). Chargé de contacter un agent de l’Intelligence Service, dans le but de faire entrer une unité juive au sein des forces militaires alliées, il est en fait livré à la Gestapo, par celui qui se faisait passer pour Charles Porel, Karl Rehbein, un agent de l’Abwehr, le service de renseignement de l’armée allemande.
Jacques Lazarus, et le rabbin Rémi Kapel qui l’accompagnait, sont arrêtés à Paris, le 17 juillet 1944. Emprisonnés à Fresnes, puis dans le camp de Drancy, ils sont déportés le 17 août 1944, dans le wagon dit des “51 otages”, dernier wagon à quitter la gare de Bobigny, wagon accroché au train de l’armée allemande en fuite, en guise de protection. Jacques Lazarus et 27 de ses camarades réussissent à s’évader avant l’arrivée du train en Allemagne.
Après la guerre, il est chargé de fonder à Alger, une école professionnelle, l’école de l’ORT (Organisation-Reconstruction-Travail, une organisation juive). Il s’y établit et fonde une famille. Il rédige, dès 1947, “Juifs au combat”, son témoignage édité par le CDJC, le Centre de documentation juive contemporaine.

              Jacques lazarus 1                             Jacques bernard sadon

                  Jacques LAZARUS                                                              Jacques Bernard SADON

 

Extrait d’un article de la revue “ Information juive” présentant le Mémoire de maîtrise de Jacques-Bernard Sadon [1] “ Jacques Lazarus, itinéraire d’un Juif de France dans le siècle : de la métropole à l’Afrique du Nord 1943-1962.”

À la Libération, [Jacques Lazarus] est chargé d’installer le bureau de l’AJ-OJC [2] et milite pour la reconnaissance officielle du mouvement par les autorités de la Résistance. Il participe à de nombreux meetings de soutien à la cause de la Palestine Juive (nous sommes en 1945) et fait partie de la délégation des combattants et résistants juifs qui remettra à David Ben Gourion, alors président de l’exécutif de l’Agence juive, le drapeau bleu-blanc qui, dans le maquis AJ, avait flotté à côté du drapeau tricolore.
Secrétaire général du service central (SCDI) des déportés israélites, installé boulevard Haussmann, dans des bureaux mis à la disposition du service par un camarade de résistance également évadé du dernier wagon, André Amar ; il se consacre avec d’autres résistants à l’accueil et à la réinsertion des rares rescapés rentrant de l’enfer nazi. Il fait du reste partie de la délégation qui est reçue par le ministre des prisonniers et déportés, Henri Frenay dont il obtient que le SCDI soit institué comme organe pré-recruteur pour la mission française de rapatriement. Il retourne à Alger pour ouvrir l’ORT et y reste jusqu’en 1962.

 

Juifs au combat

Juifs au combat jacques lazarus

Extrait de Juifs au combat de Jacques Lazarus :

Il fut décidé que René Capel et moi partirions quelques jours plus tard, par avion, pour Londres… La date de départ fut fixée au 17 juillet [1944]…
Le 17, à 18 heures, nous nous trouvions au café de la Régence. Charles nous présenta celui qui devait nous guider jusqu’au rendez-vous, la station Michel-Ange-Auteuil. C’est là, qu’une voiture viendrait nous prendre et nous conduire à l’aérodrome.
Conduits par notre guide bienveillant, au visage affable, nous descendons à la station indiquée. La voiture est là ; le chauffeur nous attend.
Demain nous serons à Londres et pourrons nous rendre compte par nous-mêmes de l’efficacité des V1, dont les bombardements se succèdent alors sur la capitale anglaise.
La voiture démarre. René et moi sommes assis sur la banquette arrière ; notre obligeant cicerone prend la place avant, à côté du chauffeur.
L’auto parcours rapidement cinq cent mètres.
Brusquement notre guide se retourne, son visage souriant a pris un masque de haine ; il a braqué sur nous un revolver : « Les mains sur la tête ! » - commande-t-il.
Je me souviens qu’aux premières secondes, des images confuses se succèdent à une allure vertigineuse dans mon esprit.
La voiture s’arrête maintenant devant le porche d’un immeuble.
J’ai appris plus tard qu’il s’agissait du siège de la Gestapo, 180 rue de la Pompe…
Nous sommes aussitôt accueillis par trois gardiens, poussés dans une pièce, fouillés, interrogés, tandis qu’autour de nous, une bande, la pipe aux lèvres, forme cercle.
Deux revolvers sont braqués sur nous.
Manuel brusquement est entré…
Il couvre René d’injures, lève la main pour le frapper. Un homme s’interpose et le calme : « Il ne faut rien faire avant l’arrivée du Chef », lui dit-il...
… J’ai revu Charles Porel [3], quelques semaines après la Libération … dans les bureaux de la Police judiciaire, quai de Gesvres.
… Pressé de questions, il avoua… Des centaines de résistants avaient été ses victimes.

LAZARUS Jacques (Capitaine JACQUEL), Juifs au combat, Éditions du Centre (CDJC), Paris, 1947, 155 p.

Source : http://www.cercleshoah.org/spip.php?article156

En savoir plus :

Hommage à Jacques Lazarus par Jacques –Bernard Sadon : une grand homme s’en est allé :
https://hakeshet.wordpress.com/2014/01/19/jacques-lazarus-un-grand-homme-sen-est-alle/

À jamais dans notre cœur : Jacques Lazarus d’Albert Bensoussan

http://www.terredisrael.com/infos/albert-bensoussan-jamais-dans-notre-coeur-jacques-lazarus/

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 05/08/2017