La fin du judaïsme en terre d'islam

« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano

Ed. Denoël, 2009. 510 pages. 25 €.

Analyse de Véronique Chemla

La fin du judaisme en terre d islam couverture

Shmuel Trigano a réuni les contributions d'historiens français et israéliens pour souligner les points commun dans "l'exode oublié" d'environ un million de Juifs des pays arabes, de Turquie et d'Iran, essentiellement des années 1940 aux années 1970, et présenter l'histoire des modalités d'émigration de communautés Juives implantées souvent depuis des millénaires, généralement avant la conquête arabe, dans onze pays. Pierre Rehov vient de publier sur Youtube son remarquable documentaire sur cet exode.

En quelques décennies, de 1945 aux années 1970, environ 900 000 Juifs - un nombre plus élevé que celui des réfugiés Arabes de la Palestine mandataire en 1947-1948 estimé à 583 121-609 071 individus - ont quitté une dizaine de pays musulmans, dont certains devinrent Judenrein, alors que la présence des Juifs y était souvent antérieure à la conquête arabe, voire (pluri)millénaire.

Numériquement faibles, les communautés Juives qui y demeurent constituent de quasi-dhimmis instrumentalisés.

Sous la direction de Shmuel Trigano qui avait organisé un symposium international en 2001 sur ce thème de "l'exode oublié" (Forgotten Exile), dix historiens d’universités françaises et israéliennes nous présentent une histoire par pays – Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Yémen, Syrie, Liban, Turquie, Iran, Irak - de cet « exode oublié ». Un exil dont les Juifs concernés ont longtemps occulté les circonstances effroyables, douloureuses, tragiques, caractérisées notamment par les dénaturalisations, les marginalisations, les spoliations, les exclusions, les expulsions, sous prétexte d’antisionisme.

Ces études comparatives révèlent « des parallèles transnationaux, des récurrences d'événements symptomatiques ». Shmuel Trigano a modélisé cet "ensemble de dispositifs juridiques, économiques et politiques", visant à isoler, marginaliser et exclure, voire expulser, les Juifs de la société : "dénationalisations, discriminations juridiques, isolement et séquestration des personnes, spoliations économiques, discriminations socio-économiques, événements pogromiques". Un "vrai "statut des Juifs" de facto", et de jure décidé par la Ligue arabe. Des violences sanglantes annoncées à l'ONU par un délégué égyptien le 24 novembre 1947.

Les raisons de cet exil méconnu et oublié de tant d'histoires officielles ? Le refus par les dirigeants du monde musulman de la recréation de l’Etat Juif, cette « rébellion contre l’islam » ; des pays arabes indépendants où l’islam devint religion d’Etat et « l’arabisme et le panarabisme furent relayés par l’islamisme et le panislamisme, après le court intermède du « socialisme arabe » ; la décolonisation menaçant les Juifs du retour au statut de dhimmis ; les liens entre des chefs de mouvements nationaux arabes, dont le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin el-Husseini, et des dirigeants du Reich, tel Hitler.

 

Le petit journal 1929 massacres jerusalem

Et les souvenirs de la dhimmitude en « terre d’islam » et de pogroms ayant marqué durablement les mémoires, tels ceux à Hébron et Safed en 1517, le Yagma el Gabireh (« grande destruction ») à Hébron le 24 juillet 1834, le pogrom à Shiraz (Iran) le 30 octobre 1910, le Tritel (pogrom antisémite) à Fès (17-19 avril 1912, 30 nissan 5672), « pogrom au nom du djihad » (Shmuel Trigano) - 27 victimes Juives, enfants et adultes, le pogrom, précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois, du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l’Armée française, le farhud (ou farhoud), pogrom arabe et nazi à Bagdad (Iraq), en juin 1941, au cours duquel des foules arabes musulmanes ont tué 175 Juifs, blessé 1 000 Juifs et détruit 900 maisons Juives

 

John philips garde arabe juifs refugies 1948

Il convient d'ajouter les Juifs contraints de fuir la vieille ville de Jérusalem conquise par les forces Arabes pendant la guerre d'Indépendance de l'Etat d'Israël (1948), et ceux obligés de fuir d'autres Etats musulmans non étudiés, par exemple le Bahreïn, les entités musulmanes de l'ex-URSS (Asie centrale, Caucase), etc. L'histoire de ceux-ci est largement méconnue, voire ignorée, d'historiens souvent francophones.

 

Ce livre passionnant, émouvant, est indispensable pour comprendre un des contentieux, avec notamment la dhimmitude, du peuple Juif à l’égard du monde musulman. Et il est essentiel que ce différend soit inclus dans les négociations entre l'Etat d'Israël et l'Autorité palestinienne, et que l'histoire de ces communautés Juives intégrées honnêtement dans les manuels scolaires des pays Arabes ou/et musulmans concernés.

Source : http://www.veroniquechemla.info/2012/09/la-fin-du-judaisme-en-terres-dislam.html

 

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