La Kahina, Reine juive mythe ou réalité ?

 par Caroline Rebouh

L’empire romain avait envahi tout le bassin méditerranéen et une partie de l’actuelle Europe : la péninsule ibérique, la France et la Suisse. Tout le pourtour méditerranéen était aussi aux mains des Romains jusqu’à l’arrivée des Omeyades.

Les Omeyades, peuple arabe conquérant, dont le fondateur était l’oncle de Mahomet ont déployé leurs forces et ont diffusé l’Islam depuis l’an 661 et trouvèrent leur fin en Europe et notamment à la défaite de Poitiers en 732. Pendant cette longue période ils conquirent en partant de Syrie tout l’empire byzantin, l’empire khazar, la péninsule ibérique, mais toute la côte méditerranéenne de l’Afrique : l’Egypte, la Lybie, la Tunisie et une partie de l’Algérie côtière bien que les montagnes fussent occupées par d’autres populations arabes, berbères et kabyles. Cette région d’Algérie, Tunisie et Cyrénaïque (Lybie) se nommait Ifriqiya en langue arabe.

Des tribus berbères  (Amazigh) se partageaient les territoires des Aurès : les Chaouis, les Idjerawen (ou Djerawa), les Chleus, les Matmatas, les Kabyles, les Chenouis, les Djeraouas[1], Nefouça, Fendelaouas, Mediouna, Bahloua  et bien d’autres. Parmi ces Berbères certains étaient désignés comme étant des Juifs d’origine mais, dans l’ensemble, ils furent tous l’objet  d’exactions et de conversions forcées vers différentes croyances : christianisme, islam, judaïsme…..

Les historiens et chroniqueurs divers n’ont que rarement mentionné la Kahina dans l’Histoire de l’Algérie et ce n’est surtout qu’au travers de l’Histoire des Berbères écrite entre autres par Ibn Khaldoun[2] que l’on arrive à cerner un peu mieux ce curieux personnage.

La Reine Kahina s’appelait en réalité DihyaTadmut. Son nom signifie en amazigh : gazelle. Et son surnom Kahena : quelle que soit l’origine de ce nom : arabe, hébraïque ou grec signifie : prêtresse ou prophétesse faisant allusion au fait qu’elle priait pour son peuple et qu’on lui attribuait certains pouvoirs magiques.

Les parents étaient issus des Aurès et son père s’appelait Tabeta Aït  Tfan.  Elle naquit apparemment vers 660 étant donné qu’elle fut déjà combattante en  686 et qu’elle mourut en 704.

A l’époque où elle naquit, les Omeyades avaient envahi ces vastes territoires et avaient converti de force nombre de tribuset peuplades.

Une trentaine d’années avant la naissance de Dihya, les tribus berbères s’organisèrent en résistance pour contrer les tentatives de plus en plus nombreuses des Omeyades d’islamiser les Berbères. Cette résistance avait à sa tête un chef redoutable du nom d’ Agsila.  Il semble que Tabeta, père de Dihya prit la tête de cette résistance en 686, puis, plus tard, lorsqu’elle fut en âge adulte, Dihya fut élue comme successeur à son propre père. En excellent stratège elle décida de procéder à l’union des différentes tribus berbères d’Afrique du Nord et, avec une armée forte, elle déclencha la guerre contre les Omeyades qu’elle bat à deux reprises grâce au concours des Banou Ifren.

Le pouvoir  de Dahya désormais Reine Kahina, s’affirme  et elle règne sur l’Ifriqiya. Puis, en 693, dans un autre combat contre les Omeyades, le chef Hassan Ibn Numan défait la Kahina et elle devient prisonnière. Elle fut décapitée en 704.

Pourtant, l’Histoire  d’après Ibn Khaldoun,  rapporte que la Kahina se rendit avec ses troupes à Carthage où elle crut pouvoir compter sur la présence des Byzantins chrétiens se trouvant dans cette ville et y trouver un appui.

Ensemble,  avec les Carthaginois, elle tente d’empêcher le passage de Hassan vers l’Espagne mais elle échoua et ce général Omeyade se fait nommer gouverneur d’Afrique du Nord.  La Kahéna fut mère de deux fils qu’elle entraîna à la guerre. Elle tenta à plusieurs reprises de tendre des embuscades à Hassan qui demanda des renforts et c’est ainsi qu’il réussit à battre définitivement la Kahéna dont il réussit à se saisir finalement.

D’après  Ibn Khaldoun, la Kahena aurait vécu 127 ans auquel cas,  les dates données concernant cette héroïne ne correspondent pas.  Toujours d’après le célèbre historien arabe,

Mettant à profit l’une des victoires sur Hassan, Dihya avec ses troupes berbères poursuivirent Hassan et ses soldats dans sa retraite mais celui-ci revint bien vite sur ses pas et regagna du terrain ; Dihya avait « adopté » un jeune arabe qu’elle avait sauvé d’une mort certaine, Khalid,  ce dernier rejoignit le camp musulman et  trahit la Kahena. Voyant le succès remporté par Hassan, et comprenant qu’elle ne pourrait pas remporter une victoire contre lui, Dihya pratiqua la politique de la terre brûlée pour empêcher cet ennemi de s’approprier des territoires berbères. Dans un dernier sursaut, elle envoya ses fils auprès de Hassan.Ilconfia à l’un des deux fils de Dihya le commandement de sa tribu.  Ifrane, fils aîné de la Kahéna,   cédant aux pressions de Hassan se convertit, à l’Islam, ainsi que Yisdiya, son frère. Hassan  ordonna aux Berbères de se joindre à lui et à son armée et c’est ainsi que Ifrane et Yisdiya régnèrent sur les Berbères dans les Aurès à la suite de leur mère.

Comme il a été dit précédemment, les sources dignes de foi sont rares et d’autres sources ne sont à exploiter qu’avec beaucoup de prudence car elles ont été imprégnées d’opinions personnelles ce qui ne veut pas dire que les informations soient exactes.

On a dit que cette reine était juive. On a admis qu’elle pouvait être chrétienne. Il existe aussi d’autres opinions évoquant le fait qu’elle était tout simplement fidèle aux pratiques de sa tribu et/ou de son peuple berbère.  Dihya appartenait à la tribu zénète.

Pour affirmer qu’elle était chrétienne, l’historien  Camps se base sur le fait que, d’après lui, les zénètes étaient chrétiens se basant en quelque sorte sur le fait que le père de Dihya se nommait Matyalui-même fils deTifan pour Camps Matya[3] est une déformation de Mathieu et Tifan de Théophane ………. Grâce aux Byzantins et aux Romains qui avaient investi ces régions,  il est vrai que le christianisme était très largement répandu dans ces contrées.

Ibn Khaldoun ne soulève pas le pan de l’appartenance religieuse de la Kahéna quoique, il ajoute à propos des Zénètes qu’ils possédaient   et respectaient la mémoire d’un Prophète du nom de Moussa  (Moïse) ibn Salih ( ?).

Paul Sebag[4] penche plutôt pour une opinion nettement tranchée selon laquelle la Kahéna était juive  rejoignant en ceci l’historien Strabonqui déclare que les Juifs ayant été déportés dans ce qui fut l’Ifriqiya par Trajan, ils étaient nombreux et très présents et auraient participé à la conversion d’un grand nombre de Berbères.

Certaines familles juives portent des noms Berbères. L’énigme reste entière : Qui était la Kahéna ? Reine juive ou tout simplement une Reine Berbère d’une grande beauté, d’une très grande intelligence et animée d’un immense courage ? Une statue a été érigée à Benghaï pour perpétuer l’existence de cette femme exceptionnelle. Un puits porte son nom dans la région de Tebessa : Bir el Kahina  et à une vingtaine de kilomètres de la ville de Kenchela des ruines sont désignées pour avoir été le palais de la Kahina.

Caroline Elishéva REBOUH

[1] Cette tribu et les suivantes étant connues surtout pour leur appartenance au judaïsme  bien que d’autres historiens tel Gabriel Camps affirment que ces tribus étaient chrétiennes.

[2] IBN KHALDOUN Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale Editions Paul Geuthner, Paris, 1978.

[3] Ce qui eût pu être aussi Matthathias comme le prêtre et Père de Judas Maccabée.

 

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