La mère Juive d'Algérie, les racines du patriotisme

Par : Suzanne Claire, d’Oran, née FHIMA, épouse BÉNICHOU. Perpignan/ 12-10-2019.

 

Les descendants des Français juifs ne savent que peu de choses au sujet de leurs origines et des parcours de leurs familles.

Pour beaucoup, l’histoire se confond avec celle de la masse pied-noire arrivée en 1962 après l’abandon de l’Algérie. Et pourtant, ces petit(e)s fils et filles d’Algérois, d’Oranais, et de Constantinois sont héritiers d'une histoire singulière et très ancienne et qui est surtout marquée de bouleversements qui ont à jamais redéfini l'identité du Juif d’Algérie.

Si dans la tradition juive, la mère est au cœur de la judaïté, chez les juifs d'Algérie, imprégnés des cultures de l'Orient et de l'Occident, et des coutumes berbères, la place de la Maman juive est encore plus significative.

Les Français, juifs, d'Algérie Française, gardent précieusement dans leurs mémoires, ces grands-mères qui s'échangeaient dans des langues incompréhensibles, qui s'habillaient d'une manière peu commune, et qui cuisinaient des plats dont les noms écorchaient les lèvres à la prononciation. Souvent, les enfants se posaient la question : Pourquoi ces mamies sont si différentes alors qu’ils en descendaient?

Les mamans, parfaites Françaises, toujours à l'ère du temps, s'efforçaient de faire réussir leurs enfants coûte que coûte par le biais de l’instruction et de l’inculcation des valeurs républicaines. Ces mamans quelque part ne faisaient que continuer un travail déjà entamé par la génération d'avant et qui était celui de terminer la dissolution des juifs dans la masse de la société Française.

Les Juifs d'Algérie, indigènes, autochtones, mais pas Algériens. Ils ont d'abord été Français par désir, puis Français par Crémieux, puis Français par sang sacrifié pour la France, et jusqu'à aujourd'hui, et depuis des générations d'avant et d'après l'indépendance, des Français, dans l'âme et le cœur, dans le geste et le verbe.

La Francisation de la communauté s'est passée en trois étapes essentielles et furent : La normalisation, l'adoption, et l'intériorisation des valeurs Françaises. Concrètement cela s'est traduit sur le terrain à travers l'abandon et la francisation d'un certain nombre d'identifiants culturels empreints de culture maghrébine tels que la langue, les prénoms, et les noms des fêtes religieuses et des plats culinaires. Dans les années 1890, 1910, 1920, dans les grandes villes comme Oran, SidiBel-Abbès, Alger, Bône, les premiers effets de la volonté de la communauté juive à s’intégrer dans la cité des Européens d’Algérie se firent voir. Il n’aura fallu qu'une ou deux générations pour que les Israélites indigènes de toute catégorie sociale confondue deviennent de parfaits assimilés.

Les sensibilités du Français de souche juive sont dès lors les mêmes que celle de tout Français quel qu'il soit et où qu'il soit. La dévotion pour la patrie est la même. Le juif d'Algérie est spontanément Français au même titre que les descendants des immigrés Italiens, Maltais, Espagnols, ou Allemands avec lesquels ils formaient ce que nous appelons les Pieds noirs.

La maman juive joua un rôle clef dans l'essence patriotique et émancipateur de la communauté. Elle a été l'élément tournant entre les générations. Ces Juifs ont toujours été si fiers de la citoyenneté qui leur a ouvert les portes de l'Occident des lumières et de l’ascension sociale et intellectuelle qui était sans équivalent chez les coreligionnaires dans les autres pays du Maghreb ou du Moyen-Orient. Comment ne le seraient- ils donc pas ? Des siècles durant, les Juifs, ont été des dhimmis, c’est-à-dire des sous-citoyens.

Les traumatismes gardés de cette période sous joug mahométan où seuls l’analphabétisme, la ségrégation ethno-religieuse, et les mesures arbitraires, régnaient avec rigueur, ont conduit les Juifs à voir en France le « Libérateur » inespéré mais tant souhaité et attendu. Les mères juives, doublement coupables, femme, et juive, dans des pays où la condition féminine et de minorité non-musulmane étaient source de mépris et d'exclusion, étaient les plus prédisposées à extraire leurs enfants des archaïsmes qui les ont emprisonnées pendant des siècles. Grâce à elles et à ce jour encore le patriotisme des anciens Juifs nés en Algérie est inébranlable.

Cette communauté l'a démontré à maintes reprises, tant lors des guerres mondiales où pendant la guerre d'Algérie lorsque l'ultime choix s'est posé à eux. Un choix qui n'en était pas réellement un. Leur position d'autochtones, a fait, qu'ils soient sollicités par les modérés du FLN, leur Francité, faisait qu'ils devaient rester loyaux. Déchirés, entre une terre ancestrale dans laquelle profondément enracinés ils étaient, et une patrie généreuse, pour laquelle le sentiment d'appartenance était des plus vrais. Ils ont fait un choix, qui s'est annoncé comme une évidence et ce fut celui de la France.

L'évidence de cette position n'est du mérite que de ces femmes, mères et grands-mères, téméraires, combattantes, gardiennes des valeurs, et artisanes de l’essor socio-culturel d’une vieille communauté, enracinée depuis des millénaires sur les terres d’un pays qui ne s’appelait pas l’Algérie, et qui n’était pas encore la France.

Biographie de l’auteure: Née en 1932 à Oran dans un foyer de Français juifs. Je suis passionnée par ma ville, mon histoire familiale, et mes origines de juive, Séfarade et citoyenne Française native des anciens départements d’Algérie. Comme bon nombre de rapatriés, depuis Perpignan où je vis, la Pied-noire que je suis, cultive la nostalgie du pays disparu que j’ai quitté en 1962. C’est avec beaucoup d’émotions, de mélancolie, et de regrets, je raconte ce passé qui m’habite à défaut d’habiter le pays de mon passé.

Meres juives d algerie

La photo qui accompagne cet article est utilisée uniquement a des fins d'illustration et n'est pas de la propriété de l'auteure.

 

S.C FHIMA, épouse BÉNICHOU

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Date de dernière mise à jour : 12/10/2019