Le grand Rabbin Abraham Bloch

Publié le 8 novembre 2015 par Michka

LE GRAND RABBIN Abraham Bloch, « ICÔNE » DE LA GUERRE DE 14-18

 

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Le grand Rabbin Abraham Bloch

 

De 1914 à 1918, les juifs de France se mobilisent pour la défense de leur patrie. Leur patriotisme s’affirme d’autant plus fortement que la minorité juive conçoit son engagement comme l’occasion de démontrer son appartenance à la nation française et son adhésion aux idées républicaines et émancipatrices.

Pour marquer sa reconnaissance, pour devenir comme les autres Français, il s’agit de faire mieux que les autres, pour mériter cette appartenance à la France. «Mériter» la citoyenneté est un thème qui revient régulièrement dans les discours et les sermons durant cette période. L’Union sacrée de tous les Français sans aucune distinction est placée sous le signe de la patrie et d’une trêve politique et confessionnelle face à l’agresseur.

 

Par Catherine Déchelette-Elmalek

 

Prêts à sacrifier leur vie, désireux de servir la patrie des droits de l’homme et de l’émancipation, 8 500 juifs étrangers rejoignent aussi les troupes françaises. Les combattants de la Grande Guerre font l’expérience d’une horreur quotidienne. Exhortés à tenir jusqu’à la victoire, ils garderont la mémoire des sacrifices consentis et se penseront désormais quittes de toute discrimination.

Enfin, pour de nombreuses personnalités, leur engagement intellectuel, social et politique s’enracine dans cette expérience fondamentale dont les traces perdurent jusqu’ après 1945.

 

LES JUIFS FRANÇAIS AVANT LA GUERRE

Avant la Première Guerre mondiale, le judaïsme de France et d’Algérie compte 180 000 âmes : 115 000 membres en métropole en 1914 (dont 35 000 immigrés) et 70 000 en Algérie.

Minorité insignifiante au regard du judaïsme mondial qui totalise 13 millions de personnes et dont les effectifs les plus nombreux se trouvent dans l’Empire tsariste et aux États-Unis, cette communauté est pourtant la troisième en Europe occidentale derrière l’Allemagne  (480 000 Juifs pour 65 millions d’habitants) et le Royaume-Uni (270 000 Juifs sur une population de 46 millions).

Parfaitement intégrés à la société française depuis les décrets émancipateurs de 1791 et malgré les remous de l’affaire Dreyfus, les Juifs se définissent avant tout comme israélites, car « ce mot désigne nettement et uniquement une religion », se répartissent dans toutes les classes sociales même s’ils sont davantage représentés dans les classes moyennes, et hormis en Alsace occupée où un judaïsme rural perdure, la population juive est surtout urbaine.

 

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La population juive lyonnaise dite de la «communauté du quai Tilsitt» ou de la «grande synagogue Tilsitt» est alors constituée de juifs français d’origine alsacienne, origine des juifs fondateurs de la première communauté, mais aussi de juifs venus de Provence et de Bordeaux.

Au début du xxe siècle, comme à Paris, la communauté juive de Lyon accueille de nouveaux immigrants arrivant en provenance des communautés juives de l’Empire ottoman. C’est dans ce cadre qu’arrive en 1908 le Grand rabbin Bloch pour succéder à Alfred Lévy : Abraham Bloch, un rabbin à la destinée hors du commun devenu, lors de la Première Guerre mondiale, le symbole de l’union sacrée des différentes composantes religieuses de la nation française; ceci notamment grâce au fameux tableau de Lucien Lévy-Dhurmer réalisé en 1917

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Le grand Rabbin Abraham Bloch tenant un crucifix

puis repris par Pinkas Kahlenberg et reproduit en cartes postales, montrant la scène mythique d’un rabbin tendant un crucifix à un soldat catholique agonisant, c’est cette image du Grand rabbin Abraham Bloch, mort au champ d’honneur, qui était jusqu’ici conservée dans les mémoires.

 

QUI ÉTAIT-IL ?

Né au sein d’une famille juive alsacienne du Bas-Rhin qui a compté de nombreux rabbins, Abraham Bloch voit le jour le 7 novembre 1859 à Paris. Peu avant ses 18 ans, il intègre le Séminaire Israélite. Son frère cadet, Armand, futur Grand rabbin de Belgique, fera de même deux ans plus tard. Abraham Bloch obtient son premier degré rabbinique le 24 septembre 1883. Il entre dans la carrière à 25 ans comme rabbin de Remiremont dans les Vosges où vivent 86 familles juives, 333 âmes en tout. En 1891, Abraham Bloch épouse à Paris Berthe Eudlitz dont il aura deux enfants, Moïse et Jeanne.

La carrière d’Abraham Bloch prend un tournant décisif lorsqu’il est élu à l’unanimité en 1897, Grand rabbin d’Alger. C’est un poste d’une toute autre dimension car la ville compte alors 17 000 juifs et l’Algérie abrite une communauté juive de près de 50 000 âmes. Abraham Bloch va demeurer onze années à Alger qui marqueront le judaïsme algérien de manière indélébile au point que la municipalité de la ville décidera, le 27 novembre 1925, de donner le nom d’Abraham Bloch à une rue proche de la place Randon où se trouve la Grande Synagogue d’Alger.

C’est d’Alger que le Grand rabbin Bloch va rejoindre Lyon en 1908 pour succéder à Alfred Lévy. Malgré son âge, 53 ans, le Grand rabbin Bloch décide de répondre favorablement à une demande de l’administration et se porte candidat comme aumônier militaire et quand, le 1er août 1914, le gouvernement français déclare la mobilisation générale, c’est tout naturellement que le Grand rabbin Bloch va rejoindre le théâtre des opérations au sein du 14e Corps d’Armée.

Son carnet de guerre et les nombreuses lettres qu’il adresse à son épouse et à sa famille sont un témoignage précieux sur l’ambiance qui règne au sein des troupes françaises à la frontière allemande.

Le 29 août 1914, au lieu dit Anozel près de Taintrux, c’est le drame : touché par un obus ennemi qui lui emporte la cuisse gauche, le Grand rabbin Bloch meurt au combat.

Dès lors une véritable légende va se forger autour de cette disparition. On apprend que c’est en portant, à ses risques et périls, à la demande d’un soldat catholique moribond, un crucifix sur ses lèvres, que le Grand rabbin a reçu le projectile mortel. On n’avait pas encore fixé un uniforme identique pour les aumôniers, et A. Bloch avait revêtu sa soutane rabbinique.

Voilà pour les faits, mais comment cet acte est-il parvenu à devenir une image de l’héroïsme, de l’union sacrée, une image devenue une icône ? La mort au champ d’honneur du rabbin Abraham Bloch le 29 août 1914 est-elle devenue tout de suite l’image mythique du patriotisme des Juifs français ?

L’historien Philippe Landau indique clairement que ce ne fut pas immédiat. Le Grand rabbin de Lyon, Abraham Bloch, aumônier et brancardier sur le front des Vosges, décède donc des suites de ses blessures sous une pluie de tirs allemands.

Selon le récit fait par un prêtre, il «serait» mort après avoir apporté un crucifix à un soldat français catholique agonisant. Avec ce pieux tableau, le rabbin Bloch devient un martyr pour les israélites soucieux de défendre l’image du judaïsme dans la France républicaine. Mais cette version mythique n’apparaît pas immédiatement à sa mort fin août 1914.

La presse juive et les notables communautaires se montrent perplexes et très giscrets sur le geste du crucifix apporté au soldat mourant. Il faut attendre 1916 pour que la presse juive s’en empare, lorsque l’écrivain nationaliste Maurice Barrès cautionne la version christique de sa mort en écrivant « ... le vieux rabbin présentant au soldat qui meurt le signe immortel du Christ sur la croix, c’est une image qui ne périra pas ».

Et ce n’est qu’à partir de 1917 que l’ensemble de la communauté israélite retient cet événement pour représenter la fidélité patriotique du judaïsme français et en faire un mythe de l’union sacrée. Le récit de sa mort est repris par les journaux français et étrangers, par des poètes et écrivains comme Maurice Barrès, on l’a vu, mais aussi Edmond Rostand qui célèbrent le rabbin patriote et héroïque.

Très vite, l’histoire d’Abraham Bloch devient légende, puis mythe avec des célébrations officielles, des inaugurations de monuments, des hommages publics qui se succèdent tout au long du XXe siècle à Paris, à Lyon, à Alger ...

 

MYTHE OU RÉALITÉ ?

Dans son ouvrage sur Les Juifs de France pendant la Première Guerre mondiale, Ph. Landau détaille comment cet événement est devenu un mythe national et comment, à l’analyse des témoignages, journaux de routes, etc., il est impossible d’établir la véracité des faits.

Ph. .Landau l’explique par une finalité de création d’un mythe national portant sur l’Union sacrée. Le rabbin Bloch a bien été tué à l’ennemi, mais l’histoire du crucifix semble avoir été créée par des gens qui n’ont pas vu la scène. Ainsi, après enquête du Consistoire central et épluchage d’archives, l’histoire du crucifix ne serait qu’un outil de propagande servant l’union sacrée entre tous les Français.

La biographie d’Abraham Bloch rassemble des documents et des témoignages sur sa mort sans pouvoir conclure sur la réalité des faits. Cette image témoigne en tout cas aussi de l’implication et de la ferveur de l’engagement des juifs français dans la guerre comme nous le verrons dans le prochain article que nous consacrerons à ce sujet.

 

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Source : http://www.kerenor.fr/wp-content/uploads/2014/09/itoni58.pdf

 


 

Je vous invite à parcourir le blog de Paul Netter, arrière-petit-fils et auteur de la biographie d'Abraham Bloch.

"Un Grand Rabbin dans la Grande Guerre, Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l’Union Sacrée et un mythe du judaïsme français." de Paul Netter, paru aux Editions Italiques, novembre 2013 ; Broché 14 x 21 cm ; 144 pages ; 75 illustrations ; ISBN : 978-2-35617-012-5 ; 18 € en vente en librairie et chez l'éditeur.

Abhraham bloch par paul netter

 


 

Un autre bel hommage au Grand Rabbin Abraham Bloch sur :  http://judaisme.sdv.fr//histoire/rabbins/abloch/abloch.htm

 

Commentaires (1)

Paul NETTER
  • 1. Paul NETTER (site web) | 12/11/2015
Bonjour,

Etant l'arrière-petit-fils et l'auteur de la biographie d'Abraham Bloch qui est citée sans référence, je me permets de vous en donner les références complètes :
"Un Grand Rabbin dans la Grande Guerre, Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l’Union Sacrée et un mythe du judaïsme français." de Paul Netter, paru aux Editions Italiques, novembre 2013 ; Broché 14 x 21 cm ; 144 pages ; 75 illustrations ; ISBN : 978-2-35617-012-5 ; 18 € en vente en librairie et chez l'éditeur

Cordialement.

Paul NETTER.

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Date de dernière mise à jour : 13/11/2015