Il était une fois, le Maroc

Il Était Une Fois Le Maroc: Témoignages Du Passé Judéo-marocain

de David Bensoussan

Les Editions du Lys  22 mai 2012 (2ème édition)

 

Il etait une fois le maroc

 

Après plus de deux millénaires de présence en sol marocain, la grande majorité des Juifs du Maroc ont quitté leur pays natal. L'ouvrage « Il était une fois le Maroc » retrace l'histoire du Maroc et de sa communauté juive durant les deux derniers siècles, incluant la période du Protectorat français. Fervent adepte du rapprochement judéo-musulman, l'auteur est convaincu que la compréhension du passé, qui fut difficile à bien des égards, mais qui n’en a pas moins connu d’autres moments de convivialité, est essentielle pour pouvoir établir une nouvelle relation entre tous les ressortissants du Maroc.

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 Avant-propos de l'auteur

Un adage bien connu veut que l'histoire soit de la polémique, mais que l'inverse ne soit pas fondé. Cela s'applique tout particulièrement à l'historiographie marocaine qui est, le plus clair du temps, teintée d'idéologie : une pléthore d'essais datant de l'ère coloniale, essais dans lesquels, le plus souvent, les simplifications, les réductions des données en matière d'information et le ton condescendant ne font que corroborer les préjugés. Une kyrielle d'archives locales n'ont pas été, à ce jour, encore pleinement explorées par la communauté des chercheurs. Lorsque tel est le cas, il est rare que l'analyse se détache d'une prise de position où prédomine l'anticolonialisme imputant tous les malheurs de l'histoire à la présence des colons. Un grand nombre d'archives juives sont éparpillées à travers le monde soit dans de nombreux instituts soit sont la propriété de particuliers, et les chercheurs n'ont pas encore eu l'occasion de pouvoir s'y pencher. Pour qu'elle soit fondée sur des écrits, la vérité historique, se situe à la croisée de l'ensemble de ces sources.

L'auteur a tenu à faire état de certains volumes qui traitent de l'histoire du Maroc et de la communauté juive que les lecteurs pourront consulter à loisir. Par moments, l'auteur fait référence à des citations d'extraits choisis. Quelle valeur peut-on imputer au témoignage du voyageur européen venu séjourner dans une contrée aux moeurs si différentes? Comment savoir s'il n'est pas poussé par une idéologie donnée qui lui fait entrevoir êtres et choses? Bien souvent, le voyageur est ignorant des moeurs et de la civilisation auxquelles il se trouve confronté. Il est donc possible de discriminer et de faire la part des choses. L'auteur a retenu des citations qu'il a jugées pertinentes en regard de la perception des citoyens juifs et musulmans du Maroc ainsi que les témoignages des voyageurs et des diplomates européens pour la période traitée, soit du XVIIe siècle à nos jours. Si nous faisons abstraction des redondances anecdotiques de certaines visites protocolaires, la narration des routes empruntées et des péripéties de voyage permet de dresser un tableau assez honnête en regard de la sécurité des voyageurs, des tensions intertribales ou interreligieuses, voire même des tensions prévalant entre le Makhzen et les citoyens. De ces passages se dégage une vue d'ensemble, incomplète, mais néanmoins significative, de ce que fut le Maroc au cours de ces siècles.

Le manque de témoignages émanant du petit peuple et notamment des populations berbères, sont fort regrettables, car nous sommes contraints de nous fonder sur les témoignages des notables du royaume et des chroniqueurs du Palais. Une grande tradition orale se perd de nos jours; elle renferme fort probablement plusieurs parcelles de vérité. L'étude de la transmission orale de ces deux groupes de la société relève d'une entreprise gigantesque au sujet de laquelle les chercheurs devront se pencher un jour prochain.

Bien que féru d'histoire, l'auteur n'est pas historien. Il fait se recouper de multiples informations et les synthétise dans une grille, selon ce qu'il considère être sa propre lecture de l'histoire. Néanmoins, il tient à aviser le lecteur de ce que cet ouvrage n'en est pas un d'ordre scientifique car les nombreux récits rapportés par des voyageurs européens s'inscrivent dans une optique particulière. Ces écrits sont souvent tendancieux, car si le Maroc a été traditionnellement considéré comme un pays exotique, il n'en demeura pas moins un pays hostile. En outre, certains auteurs ont été influencés par la mouvance des ambitions coloniales et ont cherché à leur trouver une justification morale. En ce qui concerne les faits, ces témoignages ne sont généralement pas contredits par les sources musulmanes ou juives. Le lecteur doit garder en perspective le fait que l'analyse scientifique de l'ensemble des témoignages reste à faire.

À la lumière des faits présentés dans cet ouvrage, le lecteur pourra se faire une idée du Maroc précolonial et de la confrontation de ce pays avec des puissances coloniales, dont la France et l'Espagne. En dépit de leur situation précaire, les Juifs du Maroc exercèrent un rôle prépondérant au cours des siècles derniers. À l'heure où la communauté juive n'existe pratiquement plus, l'auteur a jugé utile d'examiner la façon dont elle a évolué au cours des deux derniers siècles.

Cet essai ne se veut pas être une présentation linéaire de l'histoire du Maroc et de sa communauté juive. La présentation privilégiée par l'auteur nous permet d'entrapercevoir un ensemble de thèmes spécifiques, thèmes qui donnent une idée des conditions de vie, des espérances et des déceptions qui furent le lot d'une société traditionnelle en transition et en mutation vers la modernité.

Dans la mesure où cet ouvrage contribuera à mieux faire saisir le passé, l'auteur espère qu'il parviendra à ses fins : mieux faire envisager l'avenir. L'Histoire est en marche. Sans la compréhension des erreurs commises par le passé, il est fort possible que l'on soit appelé à les répéter sans même le savoir et que, de la sorte, l'on reproduise des incompréhensions auxquelles l'auteur s'est confronté de nos jours.

L'ouvrage se divise en cinq chapitres : les deux premiers traitent respectivement des sociétés traditionnelles musulmane et juive du Maroc avant la pénétration européenne. Le troisième traite de l'influence croissante des Européens dans les affaires marocaines au XIXe siècle jusqu'à l'avènement du Protectorat. Le quatrième aborde la période du Protectorat – y compris celle du gouvernement de Vichy – et la transformation du Maroc et de sa société juive durant cette période. L'ouvrage conclut sur l'évolution d'un Maroc indépendant et sur l'exode de sa communauté juive tout en envisageant le devenir des relations des Juifs et des Musulmans d'origine marocaine.

Pourquoi ce titre : « Il était une fois le Maroc »? Le lecteur pourra en saisir le sens en lisant le paragraphe suivant qui termine l'ouvrage : il y a de cela cinq siècles, des Juifs furent contraints de quitter l'Espagne. Ils en ont gardé la langue, les coutumes qui leur furent propres et une fierté légendaire. Est-ce que l'histoire se répéterait pour les futures générations des descendants des Juifs qui ont senti le besoin de quitter le Maroc? Nous nous trouvons actuellement à un tournant de l'histoire. Si le passé est assumé dans sa totalité et s'il y a distanciation par rapport à l'instrumentalisation du conflit du Proche- Orient, il serait possible de faire éclore une amitié profonde et fraternelle. Dans le cas contraire, il deviendrait probable que, de la même façon que les Sépharades disaient à leurs enfants « Il était une fois l'Espagne » en se référant à un passé lointain, quasi mythique et révolu, les Juifs marocains risqueraient, malgré leur attachement culturel, de dire à leur descendance : « Il était une fois le Maroc. »

Le défi est posé.

TÉMOIGNAGES SUR LA CONDITION DES JUIFS AU MAROC

 

Évoquons le statut de dhimmi qui fut celui des Juifs et des Chrétiens au Maroc

Georg Hast occupa la fonction de vice-consul du Danemark à Mogador. Il vécut au Maroc de 1760 à 1767 et rédigea ses mémoires dans 1 ouvrage Nachrichten von Marokos und Fes : « Il est certain que les Juifs, extrêmement nombreux et répandus même dans les vallées du Mont Atlas, sont traités avec l'inhumanité la plus révoltante. Leur situation civile et morale est un phénomène très singulier. D'un côté, leur industrie, leur adresse, leur connaissance les rendent maîtres du commerce et des manufactures; ils dirigent la monnaie royale, perçoivent les droits d'entrée et de sortie, et servent comme interprètes et comme chargés d'affaires; d'un autre côté, ils sont soumis aux vexations les plus odieuses, et même aux traitements les plus épouvantables. Il leur est interdit d'écrire en arabe et même de connaître les caractères arabes, attendu qu'ils ne sont pas dignes d'écrire le Coran. Leurs femmes ont ordre de ne point porter des habits verts et doivent se voiler le visage qu'à demi. Un Maure entre librement dans les synagogues et peut aller jusqu'à maltraiter les rabbins même. Les Juifs ne peuvent pas passer devant une mosquée autrement que nu-pieds. Ils sont tenus d'ôter leurs pantoufles alors qu'ils en sont encore loin. Ils ne doivent pas monter à cheval ni s'asseoir même les jambes en tailleur en présence des Maures occupant un certain rang dans la hiérarchie. Souvent, les Juifs sont attaqués par des polissons lors de promenades publiques; on les couvre de boue, on leur crache au visage, on les assomme de coups; ils sont forcés de dire sidi ou seigneur à celui-là même qui vient de les outrager. Si le Juif, pour se défendre, lève la main contre un Maure, il encourt le risque d'être condamné à mort

Le colonel anglais Maurice Keatinge rapporta dans Travels in Europe and Africa ce témoignage du voyage qu'il fit en 1785 : » Si un Maure entre dans une maison de Juif, trouble sa famille, insulte sa femme, le Juif n'ose murmurer. Un Maure peut battre un Juif aussi longtemps que cela lui fait plaisir. »

En 1801, le médecin anglais William Lemprière rapporta en 1801 dans l'ouvrage Voyage dans l'Empire du Maroc : « Malgré tous les services qu'ils rendent aux Maures, ils en sont traités avec plus de dédain qu'ils ne le feraient à des animaux. J'en ai vu battre au point de me faire craindre qu'ils ne périssent sous les coups. Les plaintes de ces malheureux étaient inutiles, ils n'obtenaient aucune justice

Au début du XIXe siècle, le voyageur Ali Bey écrivit : « Les Juifs du Royaume du Maroc vivent dans l'esclavage le plus affreux… Si le Juif a tort, le Maure se rend justice lui-même; et si le Juif a raison, s'il va se plaindre au juge, celui-ci penche toujours du côté musulman. Cette horrible inégalité de droit… remonte jusqu'au berceau; en sorte qu'un très jeune Musulman insulte et frappe un Juif, quelque soit son âge et ses infirmités, sans que celui-ci ait pour ainsi dire le droit de se plaindre, et encore moins celui de se défendre. Les enfants des deux religions ont parmi eux la même inégalité, en sorte que j'ai vu mille fois des enfants musulmans frapper des enfants juifs, sans que ceux-ci ne fissent jamais le plus léger acte de défense… S'ils rencontrent un Musulman d'un rang élevé, ils doivent se précipiter à une certaine distance sur la gauche du chemin du Musulman, laisser à terre leurs sandales à la distance d'un pas ou deux, et se mettre en humble posture, le corps entièrement courbé en avant, jusqu'à ce que le musulman ait passé et qu'il soit déjà à une grande distance. S'ils ne se soumettent pas sur le champ à cette mesure humiliante… ils sont punis sévèrement. J'ai plusieurs fois été obligé de retenir mes soldats et mes domestiques, qui se jetaient sur ces malheureux pour les frapper, quand ils n'étaient pas assez lestes et qu'ils avaient tardé à se mettre dans l'attitude prescrite par le despotisme musulman. Malgré cela, les Juifs font un commerce assez considérable au Maroc; et à plusieurs reprises, ils ont pris les douanes à ferme. Mais il arrive presque toujours qu'ils finissent par être pillés, soit par les Maures, soit par le gouvernement.» Le sultan Moulay Slimane exempta les femmes juives de se déchausser devant les mosquées, car « cela était indécent et la vue de leurs mollets pouvait distraire les dévots

http://moreshet-morocco.com/temoignages-sur-la-condition-des-juifs-au-maroc-2/

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Dhimmi 1

Le dhimmi

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David Bensoussan est titulaire d'un doctorat en électronique de l'Université McGill. Il a publié de nombreux ouvrages dans les domaines des télécommunications (hyperfréquences, fibres optiques, téléphonie et communication numérique) et de l’automatique (linéaire, non linéaire et robuste) et déposé de nombreux brevets dans le domaine de l’énergie. Bensoussan a aussi un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été lauréat de la Fondation Matsumae du Japon en 1988, du prix Haïm Zafrani de l’Institut universitaire Élie Wiesel en 2012 et de la Médaille du Jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II.
 

Publications

  • 2002 : La Bible prise au berceau, Ouvrage en trois volumes, Éditions Du Lys, Montréal,), 297p., 1998. préfacé par André Chouraqui.
  • 2010 : Anthologie des auteurs sépharades du Québec, Éditions du Marais, Montréal, 2007 : L'Espagne des trois religions, L'Harmattan, Paris, (
  • 2004 : Mariage juif à Mogador Éditions Du Lys, Montréal
  • 2002 : Le Fils de Mogador, Éditions Du Lys, Montréal
  • 2010 : Il était une fois le Maroc - Témoignages du passé judéo-marocain, Éditions Du Lys, Montréal), 2é édition, www.iuniverse.com , 2012 , 620p. ebook). Prix Haïm Zafrani 2012 de l'Institut Élie Wiesel de Paris.
  • 2011 : La Rosace du roi Salomon, Les Éditions Du Lys, ,
  • 2012 : L'Énigme du roi Salomon, ,
  • 2014: Le livre d'Isaie - Lecture commentée, Les Éditions du Lys,), Les Éditions Du Marais, 278 p. 2014

 


 

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Date de dernière mise à jour : 22/10/2015