Le mariage juif à Constantine

 

« Tania » et « Tevilah »  au carrefour de deux cultures : le mariage juif  à Constantine 

 (publié le 23 fevrier 2014) Extrait du site "Les souvenirs de Claude" http://les-souvenirs-de-claude.e-monsite.com/pages/iv-constantine/tania-et-tevila.html

On vivait une époque de transition. La jeune génération était totalement occidentalisée et, en l’absence des hommes,  les femmes avaient découvert, pendant la guerre, le monde du travail et l’indépendance financière, comme en France, mais certains rites judéo-arabes ancestraux qui faisaient partie intégrante de la vie traditionnelle constantinoise, s’imposaient encore.

La « Tania »,  le rituel païen du henné est une cérémonie traditionnelle orientale qui était célébré lors du mariage juif comme musulman. Cette vieille tradition berbère, arabe et juive, donnait lieu, chez les juifs, à une petite fête, après les fiançailles, dans la semaine précédant le mariage. On accordait au henné, rempart contre les éléments extérieurs nuisibles, des vertus de magie sympathique, une valeur médicinale, cosmétique et, en particulier chez les berbères où les tatouages au henné étaient souvent d’un grand raffinement aux signes mystérieux, un pouvoir de séduction.
 La fiancée juive, habillée de rose, à l’orientale et toutes les jeunes filles à marier parentes ou amies recevaient dans le creux de la main de la pâte de henné attachée avec une gaze et un ruban rouge. Avec un louis d’or dans celui de la future mariée.  La mère du marié offrait  une corbeille capitonnée de satin rose avec des mules, des anneaux ouverts pour les chevilles (khelkhal) (que la jeune femme ne porterait jamais, bien entendu) et de gros serpents en or et, avec des « youyous » bien sonores, des femmes faisaient une démonstration de «  danses au foulard » sur de la musique arabe. La jeune fille moderne se prêtait, parfois, un peu contrainte à  ces  réjouissances typiquement judéo-arabes. La danse au foulard est un art qui ne souffre pas la médiocrité.
Seules les femmes étaient conviées à ce rituel festif.

 

Panier henne mariage juif

La corbeille capitonnée

 

Pose de henne mariage juif

Application de pâte de henné sur la main de la future mariée 

Photos collection personnelle ©Jacques Karoubi. Reproduction interdite

 

Henne mariage juif ruban 1

La main entourée du ruban après l'application de henné

    

La « Tevilah » « l’immersion »en hébreu, et «  baptême » en Grec, rituel du bain de purification, avec immersion totale, rite ancestral, dans la tradition religieuse biblique juive mais célébré à l’orientale,  avait lieu au bain maure la veille du mariage. Le Vendredi après-midi avant le Shabbat, la fiancée était accompagnée au bain rituel  « le Mikvé » (littéralement « collection d’eau ».)  Un « mahbès », un grand pot en cuivre contenait les serviettes et le nécessaire de toilette. Une « tassa », en cuivre également, servait à s’asperger.

Après une toilette très soignée dans la salle commune du bain maure et une douche,  on procédait au bain de purification « la Tévilah », à l’écart, dans une petite piscine avec des marches pour une immersion progressive, pleine d’eau « collectée » (d’où le nom Mikvé) de pluie ou de source à l’origine, pure, transparente, uniquement réservée pour les Juifs à cet usage. La jeune fille, entièrement nue, sans le moindre bijou, ni vernis à ongles, doigts écartés,  rien n’empêchant le contact entre le corps et l’eau purificatrice était complètement immergée, plongée 3 fois, tête comprise, comme pour un baptême chrétien, avec bénédictions et  prières, et l’intercession et l’aide d’une « ballanit ».

Mikve

Mariage juif - La piscine pour le bain rituel

 

Venait ensuite la dégustation de douceurs. On distribuait des pâtisseries orientales « maison » dégoulinant de miel et des dragées à toutes les femmes présentes indifféremment juives ou pas, apparentées ou pas, toujours avec force « Youyou » !
Puis, vestige encore de mœurs anciennes, parfois avait lieu l’exposition du trousseau, mais à la sortie de la guerre, la pénurie sévissait encore, et les mœurs évoluaient.
Pour le mariage religieux, à la synagogue, la jeune mariée était parée de blanc, avec voile  à  longue traine et filles d’honneur avec bouquets, rubans et dentelles. Elle entrait au bras de son père, très émue au son de la marche nuptiale de Mendelssohn à l’orgue.  Lors des réjouissances qui suivaient, c’est la musique moderne qui s’imposait pour les danses à la mode, avec des cavaliers qui souvent avaient retiré leurs gibus mais gardé leurs «  queues de pie », dans les milieux les plus aisés.

La célébration du mariage était tout à fait caractéristique des mœurs de la population juive au carrefour de deux  cultures, deux civilisations.

 Pour en savoir plus sur le bain rituel, lire l'article : Le miqvé dans la tradition juive : http://harissa.com/news/article/miqv%C3%A9s-dans-la-tradition-juive

Commentaires (1)

Kouider
  • 1. Kouider | 29/10/2015
Moi aussi on m a fait le henné au pied et j ai cassé l assiette le soir de mon mariage. je ne suis de la région de constantine mais de l ouest d Alger.

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Date de dernière mise à jour : 03/12/2015