Les clés retrouvées

Les Clés retrouvées. Une enfance juive à Constantine, par Benjamin Stora. Stock, 144p., 18 mars 2015

 

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Benjamin Stora revient sur ses années algériennes. L'Histoire au fil d'une introspection sensible.

Par Emmanuel Hecht
Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/benjamin-stora-constantine-pour-memoire_1662465.html#LyZIlUKeIByBG3s3.99

Les cles retrouvees

 

Sa première confrontation avec la mort remonte à la très chaude journée du 20 août 1955. Des soldats entrent dans l'appartement familial, installent un trépied, posent une mitrailleuse et tirent sur des nationalistes algériens, des "fella ghas", en train de se débander. Benjamin Stora a 4 ans et demi. Sept ans plus tard, sa famille quitte l'Algérie pour toujours. 

Depuis Les Trois Exils (2006), celui qui est devenu le grand historien de l'Algérie et du fait colonial recherche des "lambeaux de vie person nelle" capables de nourrir sa compréhen sion de l'Histoire. Il poursuit cette quête avec Les Clés retrouvées, référence au trousseau du domicile algérien, conservé par sa mère dans le tiroir d'une table de nuit en banlieue parisienne. Et va de surprise en surprise.  

Ainsi découvre-t-il que les premières lettres qu'il apprend à lire sont de l'hébreu (qu'il ne parle pas), enseigné à l'école juive le jeudi et le dimanche matin. Qu'il parle d'abord l'arabe (qu'il n'écrit pas) avec sa mère, avant que l'apprentissage de la lecture et de l'écriture du français dans les écoles de la République n'efface les deux premières langues de sa mémoire. L'assimilation est un bulldozer. 

Un délicat exercice d'ego-histoire

Lors d'un déménagement, le fils prodige extrait d'un carton le journal de son père racontant la débâcle de son unité en mai 1940, puis une lettre de son grand-père demandant à Vichy le maintien de sa nationalité française après l'abrogation du décret Crémieux, laquelle renvoie les juifs d'Algérie au statut d'"indigènes". 

Le berceau de cette histoire s'appelle Constantine, ville en surplomb de gigantesques gorges, traversée par de nombreux ponts, cité antique, capitale de la Numidie de Jugurtha, l'ennemi juré de Rome. C'est aussi la ville du grand écrivain Kateb Yacine, des maîtres de la musique arabo-andalouse (Raymond Leyris, beau-père d'Enrico Macias), du Jacky Bar -qui passe des chansons de Presley-, du boxeur Alphonse Halimi, des westerns du cinéma Vox, du hammam où les enfants se rendent le vendredi avec leur mère...  

Dans cet exercice délicat d'ego-histoire, où la sensibilité affleure sans jamais envelopper le propos de l'historien, planent les lourds nuages de la "séparation communautaire" entre "Européens", musulmans et juifs. "Un siècle durant, écrit l'écrivain algérien Mouloud Feraoun, assassiné par l'OAS, on s'est coudoyés, sans curiosité, il ne reste plus qu'à récolter cette indifférence réfléchie qui est le contraire de l'amour." L'Algérie française d'hier, miroir de la France d'aujourd'hui ? « 

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