Petain faisait il double-jeu à Vichy ?

Pétain faisait-il double jeu à Vichy ? Partie 3 : Le Maréchal face à l'Opération Torch

(http://realite-histoire.over-blog.com/article-petain-faisait-il-double-jeu-a-vichy-3-65269098.html).

 

A l aube du debarquement

A l'aube du débarquement américain en Afrique du Nord

La première victoire : 8 novembre 1942 nous permet de comprendre, grâce aux télégrammes connus du résistant Carcassonne-Leduc, les actes de Pétain, afin de démontrer sa loyauté ou non envers les Alliés. D’ailleurs, on peut reconnaître aux auteurs leur volonté d’indiquer que le Maréchal n’avait pas tourné le dos aux Américains, contrairement au mythe de notre époque, mais que celui-ci avait hésité face au débarquement américain en Afrique du Nord à cause d'une pression allemande indiscutable. Par ailleurs, dans son livre Pétain, Marc Ferro a tenté de le restituer à partir de plusieurs sources que nous allons aussi mentionner, même si son analyse sera parfois interprétée en défaveur de Pétain, et non objectivement.

 

 

Giraud

Général Giraud

 

Entre le 21 et le 22 octobre 1942, se tint une réunion secrète près de Cherchell entre les officiers américains Murphy et Clark avec quelques français, c'est-à-dire le général Mast qui représentait Giraud, Henri d'Astier de la Vigerie, le futur amiral Bargeot et Lemaigre-Drubreuil qui est à l'origine des négociations. L'objectif était de prévoir le débarquement américain en Afrique du Nord. A l'issu de cette réunion, le général Clark annonça qu'une lettre fut envoyée au général Giraud. Il s'engage à respecter la souveraineté française sur les territoires métropolitains et coloniaux, même si le commandement suprême devait être confié aux américains jusqu'à la libération de l'Afrique du Nord. Il ajoute que les Anglais seront présents, mais qu'il n'y aurait pas de troupes gaullistes (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 422-423). 

 Le 2 novembre 1942, des accords secrets sont signés entre le général Giraud et l’amiral Murphy, appelés tout simplement « Accords Giraud-Murphy », (rappelés par Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier dans La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 155-157). Les Etats-Unis prévoyaient que « Il est bien entendu que la souveraineté française devra être établie, aussitôt que possible, sur tous les territoires, métropolitains et coloniaux, sur lesquels flottait en 1939 le drapeau français. […] le gouvernement des Etats-Unis considère la France comme une alliée et la traitera comme telle. J’ajoute qu’en cas d’opérations militaires en territoire français (soit dans la Métropole, soit dans les Colonies), dans tous les cas où une collaboration française sera trouvée, les autorités américaines n’interviendront en rien dans toutes les affaires qui sont uniquement du sort de l’administration nationale ou qui relève de l’exercice de la souveraineté française. » Cependant, ces accords concerneront uniquement les Etats-Unis et Giraud. Ce dernier était au courant de l’Opération Torch, mais il n’avertit personne. Aucune source n’a été trouvée permettant d’en comprendre la raison, mais il ne faut oublier que Pétain était régulièrement victime d’espionnage par les Allemands, comme je l’ai indiqué précédemment en mentionnant brièvement la création de services spéciaux pour lutter contre les infiltrations ennemies. Avertir Pétain aurait pu permettre aux Allemands de connaître la volonté américaine de débarquer en Afrique du Nord. Certes, Franklin Roosevelt lui avait envoyé un message chaleureux dâté du 15 octobre 1942, dans lequel il le prévint de l'arrivée de troupes américaines (Jacques Le Groignec, Pétain et de Gaulle, Nouvelles Editions Latines, 1998, p. 249), mais Pétain ne le reçu qu'au moment même du débarquement américain, après avoir été modifié par Churchill qui en a fait un message nettemment moins amical et beaucoup plus agressif. Quant à Darlan et Juin, ceux-ci auraient prévenu le Maréchal s’ils étaient tenus au courant de l’information. Les proches de Pétain savaient d'un débarquement allait avoir lieu, mais pas avant l'année 1943. Selon Marc Ferro, ils prévoyaient une intervention américaine en printemps 1943, et réfléchissaient au moyen de négocier. Darlan aurait dit "on avait trois ou quatre mois avant de se retourner." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 425). Mais ni le Maréchal et ni ses proches (hormis Giraud et Mast) n'avaient connaissance de l'Opération Torch. Jean-Paul Cointet l'explique également dans son Histoire de Vichy (Perrin, 2003, p. 266-267). Murphy précise même qu'il n'a eu aucun contact avec Darlan pendant les dix-neuf mois précédant ce débarquement (Robert Murphy, Un diplomate parmi les guerriers, Paris, Robert Laffon, 1965, p. 127-128). Selon Cointet : "Cette ignorance - liée aux incertitudes de la politique alliée vis-à-vis de Darlan - sera responsable de la mort de cinq cents hommes dans les heures qui suivirent le débarquement." Il enfonce même le clou : "rien ne pouvait empêcher une résistance au débarquement, conformément aux ordres donnés de longue date aux responsables militaires dans le strict maintien par Vichy du cadre de l'armistice." (Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2003, p. 267).

 

Le soir du 7 novembre 1942, Muphy informe Juin que les Américains débarqueront dans la nuit avec plus de 100 000 hommes, et quel'opération se déroulera sur trois points : Alger, Oran et Casablanca. Darlan rejoint Juin et apprend à son tour l'opération. L’amiral français était paniqué même si Murphy lui assura qu'il n'y aura pas d'attaque contre les troupes françaises. En voici la preuve, ce télégramme envoyé par Darlan à Pétain, le 8 novembre à 2 heures : « Extrême urgence. Amiral Darlan à Maréchal Pétain. Alger 8 novembre 2 heures (GMT). J’ai été mandé à 1 heure par chez le Général Juin et, j’ai trouvé chez lui, M. Murphy qui m’a déclarer que, sur la demande d’un Français, le Général Giraud, le président Roosevelt avait décidé d’occuper l’Afrique du Nord avec des forces importantes ce matin même, que les Etats-Unis n’avaient qu’un but : détruire l’Allemagne et sauver la France, qu’ils désiraient maintenir son intégrité. Je lui ai répondu que la France avait signé une convention d’armistice que je ne pouvais que me conforter aux ordres du Maréchal de défendre nos territoires. » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 220). Cependant, il reçoit un message "télégramme de Pétain" lui annonçant un ordre: "Ouvrez le feu"  (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 427). Par ailleurs, Roosevelt envoya une lettre au Maréchal au milieu de la nuit informant que les Etats-Unis n’avaient pas la volonté d’attaquer l’Afrique du Nord. Pierre Laval et Krug von Nidda écriront la réponse avant le réveil du Maréchal qui n'aura qu'à signer le message. Ce dernier aurait pris l'intervention américaine sans son autorisation comme une agression, et surtout comme une menace contre l'Empire français, pouvant engendrer une risposte allemande sur son territoire : "C'est avec stupeur et chagrin que j'ai appris cette nuit l'agression de vos troupes contre l'Afrique du Nord. J'ai lu votre message. Vous invoquez des prétextes que rien ne justifie. Vous attribuez à vos ennemis des intentions qu'ils n'ont jamais manifestées par des actes. J'ai déjà déclaré que nous défendrions notre empire s'il était attaqué ; vous savez que nous le défendrons contre tout agresseur quel qu'il puisse être. Vous savez que je tiendrai parole. Dans notre malheur, j'ai protégé notre empire en demandant l'armistice et c'est vous, agissant au nom d'un pays auquel tant de souvenirs nous attachent, qui avez pris une si cruelle initiative. Il y va de l'honneur de la France. Nous sommes attaqués. Nous nous défendrons. C'est là l'ordre que j'ai donné." (Louis Noguères, Le Véritable Procès du maréchal Pétain, Fayard, 1955, p. 415-416, puis repris par Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 431 et par Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2003, 268-269).

Entre temps, les Allemands demandent au Maréchal de pouvoir faire intervenir leur aviation basée en Sicile et en Sardaigne. Auphan envoie l’information à l’amiral Moreau, et ce dernier le donne à Darlan : « De l’Amirauté à PM 4e région d’Alger pour Darlan. 8 novembre. 5 heures GMT. OKW  [Oberkommando der Wehrmacht] propose concours aviation Axe basée en Sicile Sardaigne. Sous quel forme et en quel lieu désirez-vous ce concours ? Signé Auphan » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 224).

Le général Juin, par l’intermédiaire du général Roubertie, donna l’ordre suivant à 7 heures : « Par ordre du général Juin et du général Koeltz, personne ne doit obéir aux ordres du général Mast. Les troupes d’invasion doivent être combattus avec énergie. Faire connaître à toutes troupes dans vos environs. » Cependant, il préconisa un « contact élastique sans agressivité » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 223).

Ensuite, l’amiral Auphan, ministre de la marine à Vichy, envoie un télégramme à l’amirauté d’Alger démontrant sa vision de l’Opération Torch : « Profitant de notre semi-désarmements et d’intelligences hypocritement concertées avec quelques égarés, les Anglo-Américains viennent d’attaquer, cette nuit, l’Afrique du Nord. » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 223-224). Cela prouve que les pétainistes, sauf Giraud et Mast, ignoraient absolument tout du débarquement américain, et donc prenaient cet évènement comme une agression. La France se sentait tout simplement attaquée.

Face à la crainte d’une invasion des nazis en zone libre, Pétain se doit de négocier avec l’Allemagne. Il accepte la proposition allemande alors qu’il reçoit la traduction de la lettre pacifique de Roosevelt au même moment. Par l’intermédiaire du télégramme 10 876, l’Amirauté française fait savoir les accords du Maréchal aux commissions d’Armistice de Turin et de Wiesbaden avec les Allemands et les Italiens. Afin de donner le change à l'occupant, il radiodiffuse un message pour protester officiellement contre l'agression américaine. Enfin, Vichy envoie un message à l’Amirauté d’Alger « Maréchal Pétain à Amiral Darlan. Vichy. 8 novembre. 8h19 (heure de Vichy). J’ai reçu vos messages par l’entremise de l’Amirauté et suis heureux que vous soyer en place. Vous pouvez agir et me renseigner. Vous savez que vous avez toute ma confiance. Signé Ph. Pétain » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 221, et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 428). On peut facilement croire que le Maréchal avait définitivement tourné le dos au Alliés, pour s’engager du côté allemand. Trois raisons remettent en cause cette théorie :

- Premièrement, un homme ayant un minimum de stratégie militaire peut facilement s’apercevoir qu’il était très difficile pour l’Etat Français de s’opposer à l’Axe en métropole, et il était donc préférable d’avoir quelques accords avec l’ennemi pour que ces derniers n'aient pas la tentation d'envahir la zone libre pour accéder à la Méditerranée, puis à l'Afrique du Nord. De plus, il est évident que Pétain craignait que la zone Sud de la France soit occupée. Il était donc logique, voire nécessaire, de négocier des accords avec les nazis pour éviter ce scénario, même si nous savons qu’il s’est malgré tout produit. Il faut rappeler que la moitié de la marine française était stationnée sur les côtes métropolitaines de la Méditerranée, et envoyait régulièrement des soldats vers l’Afrique du Nord. Il était indispensable de protéger cette flotte, et donc il fallait empêcher les Allemands de s’en emparer. La majorité des historiens oublient que le Maréchal était avant tout un militaire et non un politicien. Il agissait donc naturellement en stratège et souhaitait conserver sa souveraineté sur tout le territoire français, y compris hors de métropole.
- Deuxièmement, il ne faut pas oublier que la légitimité de Pétain était en jeu puisque les Américains avaient débarqué sans son autorisation. Etant le chef de la France, il ne pouvait pas accepter que des soldats étrangers, de l'Axe ou des Alliés, pénètrent dans le territoire français sans sa volonté. En débarquant sans autorisation, les Américains remettent en cause l'autorité du Maréchal en France et en Afrique du Nord.
- Troisièmement, même du côté de de Gaulle, le débarquement américain fut immédiatement perçu comme une agression. Le témoignage du colonel Billotte en est la preuve. Il rapporte un entretien qu'il a eu avec lui : "Je [Billotte] le fais réveiller [de Gaulle]. Il me rejoint au bout de quelques instants à peine. Il entre dans la pièce où je me tiens, tout en passant encore sa robe de chambre sur un pyjama blanc. Je lui annonce la nouvelle à laquelle il s'attendait [débarquement des Américains en Afrique du Nord]. Et tout de suite : "Eh bien, j'espère que ces gens de Vichy vont les jeter à la mer. On ne pénètre pas en France par effraction."" (Pierre Billotte, Temps des Armes, Plon, 1972, p. 239 et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 429).

 

Un accord franco-américain malgré la pression allemande

Darlan

Amiral Darlan

 

Les sources suivantes vont prouver que Pétain a tenté de conserver l’alliance des Etats-Unis.

Dans la matinée du 8 novembre 1942, le Maréchal convoque le chargé d'affaires américain Pinckney Tuck à 9 heures, lequel rend compte immédiatement à Washington de l'entretien daté de ce même jour à 10 heures. L'ambassadeur qui est ensuite reçu à la Maison Blanche précise : "J'informais le Maréchal que je transmettais immédiatement le texte de sa réponse à mon gouvernement et que je transmettrais aussi le télégramme qu'il avait adressé à ses troupes, à savoir le gouvernement comptait sur elles et qu'elles devaient étouffer ou prévenir toute tentative de dissidence. Comme je me levais pour prendre congé, le Maréchal me prit les deux mains dans les siennes, me regarda droit dans les yeux et sourit. Il m'accompagna jusque dans l'antichambre et retourna d'un pas guilleret vers son bureau en fredonnant un petit air." (Foreign relations of the United States, volume II, 1942, p. 430-432 et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 431-432). Et Woodruff Walner, membre de l'ambassade américaine à Vichy, rapporta le compte rendu oral de Tuck : "Après les instants pénibles de la protestation, le père Pétain a eu un geste aimable. Il semblait soudain avoir rajeuni de vingt ans. Ses yeux bleus étaient clairs et pétillants. Le débarquement paraissait être loin de lui déplaire. Il semblait heureux comme un pape, il m'a accompagné en chantonnant." (Témoignage cité par Jean-Raymond Tournoux, Pétain et la France, Editions Plon, 1980, p. 411, puis repris par Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 432). Douglas Mac Arthur, l'un des fils du général du même nom, témoin indirect mais immédiatement informé, ajouta que "Je n'ai aucun doute que le maréchal Pétain a laissé Tuck avec l'impression que les évènements d'Afrique du Nord ne lui déplaisaient pas trop." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 432). Enfin, Jean Jardel, secrétaire général du Chef de l'Etat, qui assistait à l'entretien entre Pétain et Tuck, indiquera dans un de ses comptes rendus : "Monsieur Tuck quitte le Maréchal les larmes aux yeux. Le Maréchal lui serre la main" (Rapport Jardel-MAE papiers 1940). Les trois témoignages américains ne seront jamais évoqués dans le procès Pétain. Quant à celui de Jardel, il sera exploité de manière à faire croire que le Maréchal avait choisi le camp allemand et que Tuck avait été déçu par le chef de l'Etat Français.

Le 8 novembre à 11h40, les télégrammes n° 50 757 et n° 50 758 informaient Pétain que Alger serait « vraisemblablement prise ce soir ». A 19 heures, Darlan informe le Maréchal qu’il avait autorisé Juin à faire cesser les hostilités à Alger. (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 225). Cependant, Pétain demeure en attente et ne réagit pas, comme s'il attendait le déroulement des évènements afin de prendre une décision. De plus, c'est la confusion en Algérie et au Maroc car des problèmes de communications empêchent les généraux de traiter ensemble du conflit. Certains négocient avec les Américains tandis que d'autres ripostent toujours, et quelques rares comme le général Giraud restent en position d'attente. Puis le soir à 22h19, Darlan télégraphie à Pétain qu'une trêve est conclue à Alger et qu'il doit rencontrer le général Clark pour discuter du sort de l'Algérie et de la Tunisie. Enfin, il téléphone au général Noguès au Maroc, avant de conclure la nécessité d'un armistice général (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 428).
Mais les nazis exercent une pression à Vichy. Le 8 novembre à 9h25, un message officiel de l'ambassade d'Allemagne informait à Krug von Nidda : "Je vous pris d'exposer au président Laval non seulement, ce qui va de soi, qu'il y a lieu de rompre aussitôt les relations diplomatiques avec l'Amérique, mais aussi d'interner le personnel américain d'Afrique du Nord pour le transporter en métropole." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 433). Une heure plus tard, von Nidda reçoit un télégramme d'Otto Abetz : "Veuillez faire savoir au président Laval que j'ai informé le gouvernement du Reich du projet de déclaration allemande en faveur de l'Empire français dans le sens des conversations de Montoire. L'O.K.W a demandé à l'ambassade à quelles aides militaires allemandes le gouvernement français attache la plus grande urgence. Je vous prie de répondre à l'ambassade." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 433). Pour obtenir quelques conseils, Pétain et Laval font venir Weygand par avion. Au premier Conseil des ministres de la journée, Laval indique qu'il ne souhaite pas une collaboration militaire avec l'Allemagne, car faire appel aux forces aériennes allemandes serait "s'attirer la foudre", mais que la refuser démontrerait aux Allemands que Vichy soutient les Américains. Cependant, l'armée française décide que les canons anti-aériens n'interviennent pas en cas de survol de la zone libre, et cela pour éviter les effusions de sang. Mais Abetz réclame, par télégramme, la possibilité pour la Luftwaffe de survoler la zone Sud et de laisser à disposition les bases de Tunisie et à Constantine. Tandis que Pétain ne répond pas, Laval se rend alors en Allemagne.

Weigand

Général Weygand

 

A l'issu d'un deuxième Conseil des ministres tenu en présence de Weygand à 20 heures, un ultimatum allemand exige les bases de Tunisie. Laval câble alors à l'amiral Esteva présent sur place : "Le gouvernement français a été conduit à donner son accord." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 434). Mais il rappelle que l'intervention allemande ne peut s'effectuer qu'à partir des aérodromes italiens et non ceux tunisiens. Les Allemands se posent alors des questions et font savoir au gouvernement français qu'il ne semble pas vraiment s'opposer à l'offensive anglo-américaine. Néanmoins, Laval déclare à Krug von Nidda à 22h15 qu'il est favorable à une réponse positive d'Hitler, c'est-à-dire à une déclaration de guerre contre les Alliés, mais c'est Pétain qui doit prendre la décision. Il précise qu'il donnera sa réponse le lendemain, et "exigera du Maréchal une réponse" (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 434). Mais quatre minutes plus tard, un télégramme d'Alger indique que le général Juin a négocié un cessez-le-feu avec l'accord de l'amiral Darlan.
Le 9 novembre, Darlan rencontre le commandant des troupes américaines entre 9 et 10 heures pour obtenir un cessez-le-feu pour l'Algérie et la Tunisie. Un télégramme indique que les administrations civiles resteraient en place et que les Américains agiraient au nom de l'Etat Français, c'est-à-dire de Vichy. Mais le texte est signé "François Darlan-Xavier", et non "Amiral Darlan". Il a donc agit à titre personnel et non au titre de ses fonctions. A la suite de cette erreur, les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la France sont rompues le jour même (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 435). Pendant ce temps, à Vichy, un nouveau Conseil des ministres a lieu et on apprend que les premiers avions allemands se sont posés à l'aérodrome d'El-Aouina qui dessert Tunis. Et lors de la commission d'armistice, les Allemands avaient demandé l'autorisation pour Sétif, près de Constantine, c'est-à-dire en Algérie. Les proches de Pétain sont embarrassés, et l'amiral Auphan télégraphie à l'amiral Derrien : "Impossible de s'opposer." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 435).

Les Allemands accentuent la pression, tandis que la négociation s'esquisse à Alger. Durant la matinée du 9 novembre, Pierre Laval quitte Vichy en compagnie d'Otto abetz. Mais Pétain et Weygand sont confrontés à une situation difficile. De Tunis, l'amiral Esteva explique que des avions de la Luftwaffe se sont posés (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 435). Il y a donc la présence anglo-américaine du côté algérien et marocain, et la présence allemande du côté tunisien.

 

Mais le 10 novembre, Darlan donna l'ordre d'observer une stricte neutralité face à tous les belligérants, et signa avec le général Clark le cessez-le-feu général. Ensuite, il câble à Pétain à 11 heures : « J’ordonne la suspension des hostilités en Afrique du Nord et attitude de neutralité entière vis-à-vis de tous les belligérants, sous réserve que je conserve autorité totale en Afrique du Nord. » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 255). Pétain est prêt à enterrer la hache de guerre. Mais une fois arrivé à Berchtesgaden, Pierre Laval demande au Maréchal que cet ordre de Darlan soit suspendu jusqu'à son entrevue avec Hitler, afin que la zone libre ne soit pas envahie. Que faire ? A 12h45, sont réunis avec Pétain : le docteur Ménétrel, l'amiral Auphan, le général Weygand, Jean Jardel (secrétaire de Pétain), et Charles Rochat (proche de Laval). Pour Rochat, Darlan devait être désavoué pour avoir outrepasser ses pouvoirs. Pour Weygand : "Si l'amiral Darlan a signé, il faut ratifier." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 437). A 13h30, Vichy apprend que le cessez-le-feu a été signé par Darlan, avec le conseil de Juin. Mais le Maréchal craint l'invasion allemande en zone Sud. De plus, il se heurte à l’opposition de Laval qui se déclare prêt à démissionner si un accord avec les Américains est immédiatement trouvé, surtout que les Allemands avaient appris le retournement de Darlan. Alors lui vient une idée. Il décide vers 13h15 que : "En l'absence de l'amiral Darlan [à Vichy], il prend le commandement en chef de toutes les forces armées." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 436). On rédige alors une déclaration qu'"en l'absence de l'amiral Darlan, le maréchal Pétain prend tous les pouvoirs." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 437). Puis Pétain remet en cause l'armistice signé par son bras droit : "J'avais donné l'ordre de se défendre contre l'agresseur, vous n'avez pas la qualité pour signer l'armistice. Pour y mettre fin, la résistance doit être poursuivie.". (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 437). Et il se doit d'annoncer par la négation à la radio vers 14h50 « J’avais donné l’ordre de se défendre contre l’agresseur. Je maintiens cet ordre. ». Alors Darlan annonce à Clark qu’il doit annuler la suspension des activités, ce qui entraîne la fureur de ce dernier. Cependant, l'Amiral va faire pression sur le Maréchal en se disant prisonnier des Américains (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 255). Satisfait, Laval répond à 15H10: "Le Maréchal a sauvé la France." Ainsi, Vichy reçoit un télégramme de Darlan à 17 heures qui indique : "Reçu votre message, j'annule mon ordre et me constitue prisonnier de guerre." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 436).
Le général Weygand proteste et la confusion gagne l'armée française : "On ne peut pas envoyer un texte comme ça, ces chefs se demanderont si nous sommes fous de vouloir à 10 heures, que l'on ne se batte plus à midi et que l'on se batte à 14 heures." Il ajoute : "Les officiers sont révoltés contre la politique de Laval." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 437). Alors ces "révoltés" réagissent par un message secret à 15h15 qui, selon Bernard Ménétrel, contenait : "Amiral Auphan télégraphie à D. [Darlan] personnel dac A. [Auphan]" (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 437). De plus, le Maréchal va énoncer en secret le contraire de ce qu'il disait en public. En effet, l'amiral Auphan et Jean Jardel se sont réunis seuls. Après avoir envoyé à l'amiral Darlan le télégramme officiel annonçant l'ordre de combattre, Pétain voulait faire savoir que cette prise de position officiel ne reflétait pas ce qu'il pensait. Il demande alors à Auphan s'il est possible de transmettre secrètement des instructions annulant le télégramme officiel. Ce dernier lui répond que c'est possible grâce à un code secret de la marine que seul Darlan connaît. Ainsi, par le câble secret reliant Vichy à Alger, il donnera ce même jour son accord intime aux négociations engagées avec les Américains. Ménétrel ne se souvient plus des termes exacts, mais se souvient du sens : "Ne tenez aucun compte de mes messages et ordres officiels envoyés sous la contrainte. Suis pleinement d'accord avec vous." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 437-438). Ménétrel ajouta qu'"il me fut demandé de noter le jour et l'heure et, bien entendu, de garder le secret absolu. Je pris note par une phrase volontairement obscure et surchargée." La personne qui aurait câblé ce message serait le capitaine de frégate Jouanin. Son message aurait été : "le Maréchal approuve la position que vous prenez à Alger, à savoir la cessation du combat et la reprise de la lutte, il tient à vous exprimer sa confiance et il vous remet le destin de l'Empire." Lors de son procès en 1945, Jean Jardel donnera une version légèrement différente, mais la volonté est identique : "Vous avez toute ma confiance, faites au mieux, je vous confie les intérêts de l'Empire." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 438). Quant à ceux qui remettent en cause l'existence de ce message, il faut savoir que de Gaulle a été tenu au courant de possibles accords. Il écrira avec mépris dans ses Mémoires de guerre (Tome 2, p. 60) : "pour "légitimer" l'autorité de Darlan. On alléguera un télégramme, expédié par un subordonné et dont nul jamais, ne publiera le texte, ni le nom du signataire, mais dont la simple évocation permettra au clan des augures d'insinuer, pour la galerie, que Pétain donne à l'amiral son approbation secrète." Néanmoins, Darlan s'était constitué prisonnier des Américains. Malgré tout, il est incontestable que Pétain approuvait la décision d'armistice de Darlan. D'ailleurs, au dîner du 10 novembre, Pétain s'emporta contre Laval et confia à Auphan qu'il songea à s'en débarrasser, avant de se calmer. Les tensions et les confusions étaient grandes à Vichy, et Marc Ferro l'indique en relevant une conversation entre le général Weygand et l'amiral Auphan :
"Weygand : - Les Allemands, sans autorisation, ont envoyé des avions en Tunisie. Par conséquent ils ont rompu l'armistice de juin 1940.
Auphan : - Si, si, il y a eu autorisation.
Weygand : - Alors c'est grave, car il y dualité dans le gouvernement [...] le moment est venu d'un raidissement vis-à-vis de l'Allemagne. Il faut commencer par protester contre la violation de l'armistice, après quoi il faut maintenir un équilibre entre les adversaires." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 438-439).

Nogues

Général Noguès

Au même moment au Maroc, le général Noguès insiste auprès de Pétain la nécessité de trouver rapidement un moyen d'entente avec les Américains, puis télégramme à Vichy le soir du 10 novembre : « J’ai perdu la totalité des bâtiments de combat et des appareils aériens, après trois jours de combats violents. Les bombardiers peuvent avoir raison de ce qui reste des ouvrages de la côte. Le Jean Bart a moitié coulé. Les force faibles d’un secteur terrestre ne peuvent lutter contre les divisions mécaniques ; venues de Fedala à l’est et survenant de la région du Cap Blanc et de Mogador à l’ouest. L’alimentation en eau de Casablanca est aux mains des Américains et les 500 000 habitants risquent d’en être privés. Après tant de sacrifices consentis, et dans des conditions douloureuses, j’ai fixé à 2 heures 30 le matin, le 11 novembre, la cessation des hostilités à Casablanca en exécution des instructions de Darlan. » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 249). Pétain rejoint la position du général Noguès, et fait envoyer un message de Vichy à l'Amirauté, le 11 novembre à 8 heures : « Le maréchal de France, chef de l’Etat, désigne comme son seul représentant en Afrique du Nord, le général Noguès. Transmettre à toutes les autorités. » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 256). Ensuite, Noguès demande qu’on informe l’amiral Darlan et lui explique la raison de cette désignation « C’est uniquement parce qu’on vous suppose prisonnier que vous n’avez pas été désigné comme représentant du Maréchal en Afrique. » (Déposition de Edouard Archambaud - Procès du Maréchal, Journal Officiel du procès, p. 280). Puis il déclare : « Les troupes du Maroc ont leurs engagements dans l’honneur ; elles vont pouvoir reprendre la lutte aux côtés de leurs alliés contre leur ennemi héréditaire. » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 251)

Peu de temps plus tôt, aux environs de 7 heures, l'Allemagne envahi la zone Sud de la France métropolitaine. L'Occupant l'avait prévu depuis plusieurs heures. Vers 4 heures à Munich, Pierre Laval était réveillé par Otto Abetz qui lui faisait part de la décision d'occupation totale prise par Hitler. A 5 h 25, cette nouvelle était officiellement confirmée par une lettre du Führer au Maréchal. Hitler fit l'apologie du "chef vénéré des vaillants soldats français de la guerre mondiale" et tenta de se justifier : l’ordre était donné aux troupes allemandes de traverser la France pour occuper la côte de la Méditerranée et participer, avec les Italiens, à la protection de la Corse. De plus, le Führer se disait informé avec certitude d'un plan allié de débarquement sur les côtes méditerranéennes de la France et en Corse. Violant l’armistice du 22 juin 1940 : "Ainsi, les données premières et les fondements de la convention d'armistice se trouvent supprimés sans qu'il y ait faute de la part de l'Allemagne ou de l'Italie." A partir de 7 heures, Radio Paris diffusa un message d'Hitler au peuple français : « L'armée allemande ne vient pas en ennemie du peuple français ni en ennemie de ses soldats. Elle n'a qu'un seul but : repousser avec ses alliés toute tentative de débarquement anglo-américain. »
Un communiqué de l'Amirauté a ensuite été émis et démontre clairement l'hostilité de Pétain envers toutes puissances étrangères, y compris envers l'Allemagne :
"FORCES DE HAUTE MER
ÉTAT-MAJOR
N° 170 E.M. 1.

COMMUNIQUÉ

À la suite des événements d'Afrique du Nord, le gouvernement allemand a notifié au Maréchal qu'il jugeait nécessaire pour la sécurité de l'Europe d'assurer lui-même la défense de nos côtes de France non occupée et de Corse, que les conditions de l'armistice ont laissées aussi peu défendues que l'étaient celles de l'Algérie.

À la suite de cette notification contre laquelle le Maréchal a protesté en tant que contraire aux conditions de l'armistice, les troupes allemandes ont franchi la ligne de démarcation et sont en marche pour occuper des positions de défense de nos côtes.

Le gouvernement allemand a déclaré officiellement qu'il ne faisait occuper provisoirement des positions de défense que dans un but strictement militaire.

Ceci n'implique d'emprise d'aucune sorte des autorités allemandes sur la flotte. Pour celle-ci, l'ordre plusieurs fois répété du Maréchal, avec lequel je suis toujours en liaison directe, qu'elle ne doit tomber intacte aux mains d'aucun étranger, serait strictement appliqué s'il était nécessaire.

L'amiral De Laborde,

commandant en chef les Forces de Haute Mer.
Signé : De Laborde."
Le 11 novembre à 9 heures, Pétain convoque le commandant Bataille, puis lui confie « Les allemands prennent possession de la zone libre ; dans quelques instants le maréchal von Rundstedt sera ici et, à partir de ce moment, je serai prisonnier. Vous êtes la dernière personne qui m’aura vu libre de mes décisions. Quoi qu’il puisse advenir, souvenez-vous-en et faites-en part […] En raison du fait que l’amiral Darlan n’est plus libre de ces décisions [n'oublions pas que Pétain le croyait prisonnier], j’ai décidé de confier tous mes pouvoirs au général Noguès pour la conduite de l’Afrique, dans la sauvegarde des intérêts de la France. Dites-lui qu’il a toute ma confiance […] il ne recevra plus d’instructions valables de mon gouvernement ou de moi-même. Je suis assuré qu’il a fait hier, qu’il fera demain le possible pour les intérêts de la France […] Vous comprenez bien, Commandant, je ne serai plus libre dans un instant, vous êtes le dernier à qui je puisse me fier. Dites au général Noguès que tout ce qu’il décidera aura mon accord, car je sais qu’il décidera pour la France. Partez vite, Commandant, j’espère que vous passerez, il est déjà bien tard. » (Service historique de la Marine, Les débarquements alliés en Afrique du Nord, p. 228). 
Plus tard, Pétain protestera en vain contre le maréchal von Rundstedt. Darlan fait part de son accord au général Clark, et informe l’Amirauté à 15h47 « la protestation du Maréchal de France au maréchal von Rundstedt montre qu'il n'y a pas d'accord entre lui et le gouvernement allemand pour l'occupation de la France. L’armistice est rompu, nous avons notre liberté d’action. Le Maréchal n’étant plus libre de ses décisions, nous pouvons, tout en restant fidèles à sa pensée, prendre celles qui sont favorables à l’intérêt français. […] » (Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier, La première victoire : 8 novembre 1942, Editions Louis Pariente, 2001, p. 256 et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 443). A Vichy, Pétain réalisa un discours qui devait être diffusé à plusieurs reprises au cours de cette journée. Cependant, sa retransmission fut interdite car elle fut considérée comme un encouragement à la dissidence. Voici le contenu : "J'ai reçu, cette nuit, une lettre du Führer m'annonçant qu'en raison des nécessités militaires, il était dans l'obligation de prendre des mesures qui ont pour effet de supprimer en fait les données premières et les fondements de l'armistice. Je proteste solennellement contre des décisions incompatibles avec les conventions d'armistice." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 623). Malgré tout, il a émis un cours message d'encouragement aux français ce même jour : "Le croyais avoir vécu les jours les plus sombres de mon existence. La situation d'aujourd'hui me rappelle les mauvais souvenirs de 1940. Je salue avec douleur les militaires, les marins, les aviateurs et tous ceux qui tombent pour l'honneur et la sauvegarde de la Patrie. Français, Français de la métropole et de l'Empire, faites confiances à votre Maréchal qui ne pense qu'à la France." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 623 et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 443). Le docteur Ménétrel commentera : "Les Allemands ont toujours supposé que le Maréchal était d'accord avec l'amiral Darlan et qu'il lui avait donné secrètement son accord pour traiter au plus vite et s'entendre avec les Américains. Cependant, il est certain que personne ne pouvait connaître le télégramme secret du 10 novembre 1942." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 444).

Gen clark

Général Clark

 

Le 12 novembre au soir, une conférence a lieu à Alger entre Darlan, Giraud, Noguès, Juin, Clark, Murphy et Mast. Après cette réunion tumultueuse, Noguès envoie un message numéroté à Pétain (Message n° 50803) : « Après discussion très ardue avec Murphy, l’amiral Darlan et moi sommes arrivés à un accord de principe qui maintient l’organisation actuelle au point de vue militaire, politique et administratif. Cette solution a été très dure à obtenir, car le général Giraud avait reçu la promesse formelle d’être commandant en chef. Il se faisait fort d’aller porter les hostilités en Tunisie contre les Allemands avec les troupes de Tunisie et d’Afrique du Nord. L’accord ne pourra être maintenu que si vous chargez l’amiral Darlan de vous représenter en Afrique du Nord ; je vous précise qu’il jouit d’une entière liberté. Il est capital de prendre cette décision, car un grand trouble règne dans les esprits. Je propose cette solution en plein accord avec l’amiral Darlan. » (Jacques Le Groignec, Pétain et de Gaulle, Nouvelles Editions latines, 1998, p. 259).

Le général Noguès présent à Rabat donne ensuite la réponse du Maréchal le 13 novembre à 15 heures : "Référence 50803 du général Noguès. Accord intime de Maréchal et Président mais décision soumise à autorités occupantes [Etats-Unis]." (fac-similé de ce message publié par Coutau-Bégarie et Huan, Darlan, Fayard, 1989, p. 619). Personne ne peut donc nier une volonté de rapprochement de Pétain avec Roosevelt. 
Mais le 14 novembre à Vichy, les Allemands exigent de nouveau que la France se déclare en guerre où en état de belligérance. Laval expose ses craintes au chef de l'Etat : "Il y a des signes que nous sommes à la veille de mesures graves, très graves, de la part de l'Allemagne. Nous sommes exposés au pire, nous risquons de connaître le sort de la Pologne." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 447).
Auparavant, dans la matinée du 12 novembre, un conflit se produisit entre Weygand et Laval, le premier défendait la nécessité de collaborer avec les Etats-Unis, alors que le second souhaitait que la France se range du côté allemand :

"Weygand : - Je veux vous dire ce que je pense. Je vous déclare solennellement que la politique suivie par le gouvernement détache le pays du Maréchal.

Laval : - Nous sommes sous la botte. Que faire ? J'ai la certitude que, si les Anglo-Saxons sont vainqueurs dans cette guerre, ce sera le bolchévisme. Ce que nous courons actuellement, c'est le risque de la chape de plomb que les Allemands font peser sur le territoire français.

Weygand : - Je vous répète, moi, que le gouvernement, par sa politique, se fait le fourrier du communisme. A la vérité, la France ne s'unira que contre l'Allemagne, et il faut que la France s'unisse." (Guy Raissac, Un soldat dans la tourmante, Albin Michel, 1963, p. 297-301, entretien repris par Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2001, p. 275).

A peine quelques heures après la conversation, la police allemande arrête le général Weygand et demande auprès de Vichy que la France doit déclarer la guerre contre les Anglo-Américains. Selon Bernard Ménétrel, Pétain repoussa une note qui fut présentée par Laval. Le docteur écrivit alors : "Laval, je dois à la vérité de le dire, était loin d'être un chaud partisan de cette formule, mais en parlait parce que les Allemands ne cessaient de lui en parler et le pressaient de se décider. Une autre formule choisie par les Allemands était de dire que les Français étaient de fait en état de cobelligérance. Mais ni Laval ni Pétain ne cèdent sur ce point." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 447). A 11 heures, Pierre Laval présente sa démission au Maréchal, mais ce dernier refuse alors qu'il avait expliqué à Auphan deux jours plus tôt qu'il voulait le chasser (le coup de colère du dîner du 10 novembre). Pourquoi ? Peut-être est-ce la peur d'être dépassé par les évènements alors que Weygand venait d'être arrêté par la Gestapo, et que la zone Sud était désormais sous possession allemande depuis une journée. Ou probablement qu'il craignait une possible répression étant donné que l'Occupant était favorable à Laval. Quoi qu'il en soit, Pétain l'aurait supplié de rester (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 447). Fernand de Brinon, l'un des partisans de l’alliance militaire avec l’Allemagne, déclare alors que les Allemands doivent se contenter de l’expression : « La France se déclare en état de guerre avec l’Angleterre et les Etats-Unis » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 447). Sous la pression, Philippe Pétain indique publiquement que François Darlan « s’est placé en dehors de la communauté nationale et à le déclarer déchu de toute fonction publique et de tout commandement militaire. » En parallèle, il explique qu’il « donne au président Laval tous les pouvoirs qui sont nécessaires à un chef de gouvernement pour lui permettre de faire face aux difficultés que traverse actuellement la France. » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 448). Je n’épiloguerai pas sur la prise de pouvoirs de Laval car ce sujet a été consacré dans un article de ce blog (http://realite-histoire.over-blog.com/article-24985330.html). Le Maréchal agit ici sous la contrainte et non de son plein gré.
Cependant, en Tunisie, le général Barré fait tirer ses troupes sur l’armée allemande. L’Etat nazi demande alors sa destitution immédiate, et considérait que l’Armée d’Afrique était passée du côté de l’opposition. Krug van Nidda rencontre Pierre Laval le 17 novembre et lui annonce que Ribbentrop devait voir Hitler durant l’après-midi afin de discuter de la France. Otto Abetz va rédiger une note au Maréchal afin d’exiger :   

« - constatation de l’état de guerre avec les Etats-Unis,

- pleins pouvoirs donnés à Laval,

- proclamation du Maréchal »

A propos de ce dernier point, Ferro précise qu’il devait porter sur les points suivants :

1. affirmer que la France n’était pas contre l’Allemagne ni aux côtés de l’Allemagne, mais avec l’Allemagne

2. une légion impériale était constituée, ce qui peut sous-entendre la création future de la Phalange africaine (si c'est la cas, alors cela signifierait que la Phalange africaine n'a pas été imposée par Pétain contrairement à ce que beaucoup d'historiens pensent, mais ce sont les Allemands qui l'ont imposé au Maréchal) 

3. la dissidence devait être flétrie

4. la confiance envers Laval devait être entière, ce qui signifie en gros que ce dernier pouvait faire tout ce qu’il voulait (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 448).

Pétain qui ne contrôle plus grand chose est obliger de s’exécuter. Il destitue le général Barré puis lance un message officiel. Il stigmatise publiquement les officiers au service d’une puissance étrangère qui ont refusé d’obéir à ses ordres, et réitère l’ordre de résister à l’agression anglo-américaine (tout en sachant que cette résistance avait déjà pris fin). Il ajoute dans ce même message que dans l’intérêt de la France, il va accroître « les pouvoirs du président Laval pour lui permettre de remplir une tâche difficile » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 448-449). Malgré tout, on sait que Pétain ne donnera pas davantage de pouvoirs à Laval par envie mais à cause de la pression allemande. Alors le Maréchal va t-il se ranger définitivement au coté des nazis ?

 

Pierre Laval a chargé l’amiral Platon de se rendre à Tunis avec l’ordre de mettre fin au combat que le général Barré livrait contre les Allemands, puis de retourner les troupes françaises contre les Anglo-Américains comme l’a fait l’amiral Esteva. Le 17 novembre à 10h15, l’amiral Platon rendit compte de sa mission à Tunis. Le lendemain, c’est-à-dire le 18 novembre, le maréchal Pétain écrit à Esteva sur un carton à en-tête bleuté :

« Mon cher Esteva,

Je suis content de votre attitude et de la fidélité du général Barré.

En toute confiance.

Signé : Philippe Pétain » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 449).

 

Louis nogueres

Louis Noguères

Louis Noguères, ancien président de la Haute Cour de Justice, avait tenté de réunir toutes les sources du Procès Pétain (toutes les sources n’avaient bien-sûr pas été dévoilées au public, évidemment surtout celles qui pouvaient innocenter l'accusé). Il avait publié une œuvre qui est encore une référence et qui est intitulée Le véritable procès du maréchal Pétain (Fayard, 1955). Il observa cette incohérence du Maréchal puisque ce dernier félicite l’amiral Esteva qui combat les Alliés, tout en félicitant le général Barré qu'il venait de destituer et qui lutte contre les forces de l’Axe. Alors Noguères conclu sur ce sujet : « Tel qu’il est, ce texte du 18 novembre 1942 peut illustrer la confusion régnant en Afrique du Nord mais renforce la certitude où sera l’histoire de constater que le maréchal Pétain, face aux alliés de la France, approuvait Darlan qui se rangeait à leurs côtés et exaltait Esteva qui simultanément lançait des troupes contre eux. » (citation reprise par Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 449). Selon le général de Serrigny, Pétain aurait dit le 12 novembre à Féat qu’il approuvait ce que faisait Darlan en Afrique du Nord. L’un des amis du Maréchal, Sisley Huddleston, américain naturalisé français le 17 juin 1940, lui avait demandé si Darlan agissait avec son accord, mais il a répondu qu’il ne pouvait pas répondre ce qu’il pensait réellement. Néanmoins, son ami insiste et obtient une réponse qui a été reprise par Marc Ferro : « Pétain posa la main sur mon bras et ajouta : […] Ma tâche est ici, quelles qu’en soient les conséquences pour ma personne ; je dois sauver les Français du pire qui peut leur arriver, si un Gauleiter était nommé, sans qu’il y ait plus d’intermédiaire … Et il ajouta : A chacun son rôle. » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 457). Malgré tout, une lettre autographe de Pétain qui devait être publiée en décembre 1942, donc dévoilée au public, indique :

« Tous les chefs indignes qui ont livré l’Afrique française aux Anglais et aux Américains ont prétendu qu’ils ont agi en plein accord avec moi et même sur mon ordre.

Ils ont affirmé que je suis privé de ma liberté et qu’ils expriment ma pensée intime.

Je leur oppose le démenti le plus formel.

Je leur avais donné l’ordre de résister à l’agression, ils devaient se battre et ils en avaient les moyens. Ils ne l’ont pas fait et ils ont, en trahissant leur parole, forfait à l’honneur et sacrifié les intérêts de la France, je leur refuse le droit de parler et d’agir en mon nom. » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 450).

Rappelons néanmoins que ce résumé n’avait aucun caractère secret et le Maréchal souhaitait le dévoiler publiquement. Il peut s’agir d’un moyen pour Pétain de montrer une volonté de collaboration avec les Allemands tout en conservant un minimum d’autorité en métropole. De plus, il dit ici que les soldats français d’Afrique du Nord possédaient les moyens de résister face au débarquement anglo-américain comprenant près de 110 000 hommes, alors que nous avions constaté précédemment qu’il savait par les messages reçus qu’il aurait été très difficile à ses hommes de les repousser. S’agit-il d’un double jeu du Maréchal ?
Toujours en décembre 1942, cette fois-ci à Alger, l'amiral Darlan confiera quelques jours avant son assassinat qu'il n'a agit que conformément aux ordres de Pétain : "Je me suis efforcé d'appliquer le plan du Maréchal prévu en 1940, au cas où la France entière serait occupée. C'est ce qui explique le ralliement de l'A.O.F" (Déclaration au journal TAM, décembre 1942, repris par Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 458). Ici, il faisait référence à l'entretien du 4 août 1940 entre lui, Pétain et Baudouin. Darlan sera assassiné le 24 décembre. Deux jours plus tard, soit le 26 décembre, Pétain délèguera au général Giraud le Commandant des forces françaises, ce qui confirme que le Maréchal était favorable à une entente entre la France et les Etats-Unis, même s'il préférait Darlan à Giraud.

Lors du débarquement en Afrique du Nord, il est incontestable que les troupes françaises et américaines se sont affrontées durant quelques jours. Cependant, général Noguès expliqua que : "tous, dans l'Armée d'Afrique, nous avions le même avis, depuis le général Juin jusqu'au dernier soldat, que nous étions obligés de nous défendre, parce que si ne nous défendions pas, les Allemands venaient, eh bien, alors, le débarquement n'aurait pas pu avoir lieu, sinon dans des conditions très mauvaises" (George Howe, Northwest Africa : Seizing the initiative in the West, Washington, 1957, p. 94). Même si son discours avait pour rôle de se justifier, il ne faut pas oublier que les Allemands occupaient, à cette époque, une partie de l'Afrique du Nord orientale jusqu'à la Tunisie. Si l'armée française serait restée passive face au débarquement américain,  il est fort probable que les forces de l'Axe soient intervenues, et auraient donc tenter d'envahir l'Algérie et le Maroc, tout comme ils avaient envahi la zone Sud de la métropole française, même si les Allemands n'auraient peut-être pas fait le poids. Encore une fois, c'est la défense de l'Empire français qui primait, plus qu'un engagement franc avec l'un ou l'autre camp. Dans une lettre de Noguès envoyée par Henry-Haye (citée par Gaston Henry-Haye dans La grande éclipse franco-américaine, 1972, Plon, p. 295), il explique que « J’aurai pu suivre à la lettre les ordres reçus, mais je savais que le maréchal Pétain escomptait l’intervention américaine, souhaitant toutefois que celle-ci s’effectuât en liaison avec l’Armée d’Afrique reconstituée, sur ces instructions, par le général Weygand. Je ne fis donc qu’une opposition de surface au débarquement américain qui fut ainsi grandement facilité. »

 

Petain proces

 

L'explication de Pétain lors de son procès

 Lors de son procès, Pétain tenta lui-même d'expliquer sa version des faits sur l'Opération Torch, à travers une note remis devant la Commission d'Instruction de la Haute Cour dans le cadre de son procès, que nous pouvons brièvement analyser :
"Ma politique en Afrique du Nord, au moment du débarquement des Anglo-Américains, était déterminer par un double but :
1° Donner aux Allemands les apparences d'une résistance au débarquement en vue de ne pas compromettre mon pouvoir en France afin de chercher à éviter le pire aux Français jusqu'à la dernière minute.
2° Ne rien faire qui puisse, d'une manière efficace, gêner les Alliés
[Nous avons néanmoins remarqué précédemment que ce second point était contestable]
L'amiral Darlan, qui commandait en chef, avait reçu de moi-même, comme consigne permanente verbale d'homme à homme : "Agir au mieux des intérêts de la France, même si mes ordres, qui peuvent être donnés sous la contrainte allemande, paraissent en contradiction avec ce qu'il croit devoir faire." [encore une fois, ce sont les intérêts de la France qui priment sur le reste]
J'ajoute que, dans les premiers jours du débarquement où il a donné l'ordre de résister avant de traiter avec les américains, il était dans la ligne de l'armistice et du traité secret que j'avais fait négocier avec Churchill. [si nous reprenons à la fois le traité d'armistice et les Accords Pétain-Churchill, Darlan agissait en effet en conformité avec ces points]
Lorsqu'il s'est rendu compte, après contact pris avec les autorités américaines, que le débarquement correspondait à l'engagement pris par les Alliés de débarquer en nombre, et la preuve étant faite de leur force, il a donné l'ordre de cesser le feu et s'est rapproché d'eux. [nous avons cependant constaté un Maréchal sous pression qui hésitait et qui craignait la réaction des Allemands]
Je ne pouvais, de Vichy, l'approuver officiellement. J'étais tenu de désapprouver pour les tâches qui me restait encore à accomplir dans la métropole, mais sa politique était la mienne. [Darlan le confirmera quelques jours avant sa mort]
C'est ainsi que par fil spécial reliant l'amiral Auphan à l'amiral Darlan, j'ai, en date des 10 et 13 novembre 1942, fait savoir à ce dernier que j'étais en complet accord avec lui. [nous avons mentionné ces deux documents qui sont bien réels, alors nous pouvons affirmer que Pétain avait incontestablement raconté la réalité]
Ce qui confirme d'une manière indiscutable ma déclaration à l'instruction du 11 juin 1945 dans laquelle j'indiquais avoir donné aux Alliés tout l'appui qui leur était nécessaire." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 630-631).
Quelle était en réalité la pensée du Maréchal ? Marc Ferro a recueillit un dialogue datant du 10 novembre 1942 entre Pétain, Weygand, Rochat et Auphan, qui illustre sa volonté :
"Rochat : - Si vous prenez une décision complètement négative [donc favorable aux Américains], vous risquez une occupation totale de la France.
Weygand : - J'insiste pour un raidissement contre l'Allemagne.
Pétain : - Nous devons prendre des dispositions qui nous permettent de vivre : par conséquent, conservons la zone libre, du côté de l'Afrique du Nord, nous devons protester contre tout ce qui s'oppose à notre domination. Nous devons dire au peuple : nous sommes sous la contrainte allemande et américaine, nous ne pouvons rien faire de plus que ce que nous faisons et, dès l'instant où les Allemands ont refusé de nous armer, nous ne pouvons qu'affirmer notre volonté de maintenir la souveraineté française.
Auphan : - Nous devons admettre que les Allemands passent en zone libre.
Weygand : - Ne concluez aucun accord direct, subissez, protestez.
Rochat : - Donc, en définitive, passage et stationnement sur le littoral, mais sous la contrainte évidemment.
Weygand : - Je vois la fin de la guerre dans la rentrée de la France auprès des Anglais et des Américains pour se battre contre les Allemands. Le danger du bolchevisme vient de Laval et des Allemands, et non des Soviets et des Anglais. Le péril allemand est le péril numéro un car il imposera l'esclavagisme.
Pétain : - Le bolchevisme est avant tout une conséquence, il vient de ce que la liberté nous est enlevée.
Weygand : - Je peux vous convaincre que le moment est venu où nous devons protester à tout prix.
Pétain : - Il faut une doctrine unique fondée sur le maintien de notre souveraineté, nous protestons contre les empiètements.
Rochat : - En résumé, il faut assurer à la France, dans une portion de territoire si réduite soit-elle, une existence matérielle.
Weygand : - Et morale !"
(Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 439).
C'est clair et indiscutable dans ce dialogue. La souveraineté nationale avec la préservation du territoire français était une priorité absolue, quelle que soit la suite de la guerre. Cette vision de Pétain était contraire à celle de De Gaulle qui souhaitait un engagement total des Français au côté les Alliés. Néanmoins, en ce qui concerne sa position face à l'Opération Torch et plus globalement dans la guerre, on sait désormais que le Maréchal souhaitait davantage une victoire anglo-américaine plutôt qu'une victoire allemande. Mais il fallait être prudent, et il était absolument nécessaire d'empêcher le bolchevisme de s'imposer en France, ce qui fut en réalité sa priorité.

 

Après l'Opération Torch, l'arrestation de Weygand, et la prise des pleins pouvoirs par Pierre Laval, le maréchal Pétain est isolé et a de moins en moins de moyens d'actions. Malgré tout, on va constater qu'il tentera difficilement de préserver la France des massacres dans le conflit mondial (http://realite-histoire.over-blog.com/article-petain-faisait-il-double-jeu-a-vichy-3-65269098.html).

 

Lettre petain

Mise au point de Pétain le 21 décembre 1942 désaouvant Darlan et Giraud qui ont pactisé avec les alliés

Document légué par Monsieur Bernard PAUPHILET à Lucien GOZLAN.

"Je leur avais donné l'ordre de résister à l'agréssion. Ils devaient se battre et en avaient les moyens . Ils ne l'ont pas fait et ils ont, en trahisant leur parole, forfait à l'honneur et trahi les interets de la France".

 

Ordre general juin

Ordre du Général Juin en date du 11 novembre 1942 donné aux forces armées de continuer la lutte contre les alliés.

Il reste encore inféodé à Petain mais "le présent ordre ne s'applique pas à la garnison d'Alger qui cesse définitivement les hostilités"

 

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Temoignage generajousse sur juin

Extrait du témoignag du Général Juin qui confirme son adhésion à Vichy jusqu'au 10 novembre et qu'il s'agit d'un ralliement de circonstance

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Pétain faisait-il double jeu à Vichy ? Partie 4 : Préserver la France dans la guerre

http://realite-histoire.over-blog.com/article-petain-faisait-il-double-jeu-a-vichy-3-65269098.html

General juin

 

Après l'Opération Torch, attendre la venue des Anglo-Américains en métropole

Le 19 novembre 1942, l'Armée d'Afrique du Nord créée par Pétain et préparée par Weygand (arrêté par la Gestapo le 12 novembre) puis Alphonse Juin, rentre dans la guerre en Tunisie face à la Wehrmacht. A ce moment, elle disposait de 225 000 hommes, dont 6 700 officiers grâce à un appel de réservistes clandestinement préparé. Parmi les Français d'origine européennes (pieds-noirs), c'est-à-dire environ 1 075 000 de personnes, près de 175 000 hommes et femmes furent mobilisés de 1943 à 1944, soit 16,4 % de sa population. Les troupes comprendront environ 400 000 hommes en été 1944. Parmi les soldats, il y avait plus de 100 000 Africains du Nord (Algériens, Marocains et Tunisiens), près de 70 000 Africains, 35 000 Corses et 20 000 Français évadés de France. De plus, environ 230 000 étaient musulmans. Un document du Comité français de Libération nationale (C.F.L.N) précise que l'Armée d'Afrique se composait de 23,2% de musulmans Algériens*. Nombreux sont les tombes des pieds-noirs, des maghrébins et des africains noirs dans les cimetières militaires de Tunisie, d’Italie et du Sud et de l’Est de la France, alors que tous leurs sacrifices sont loin d’être exaltés, lorsqu’on enseigne l’histoire aux jeunes générations depuis 1945.
De la Tunisie jusqu’à la victoire française de Médénine et la capitulation allemande du 12 mai 1943, les troupes françaises eurent un rôle primordial. C’est devant ces Français que le redoutable Afrikakorps capitula et qu'un chef de peloton de chars Somua, dissimulés à la commission d’Armistice, captura le 12 mai le général Von Arnim, commandant en chef des forces de l’Axe en Tunisie. Avant de débarquer en Provence et d'atteindre les rives du Rhin et du Danube en tête des forces Alliées, elle se couvrira de gloire en Italie, notamment à la suite des combats de Garigliano et de la prise de Rome et de Sienne. Le général Clark, commandant la Vème armée américaine, jugera le corps expéditionnaire français : "Plus vaillante unité combattante qui n'a jamais existé." et "C’est le corps expéditionnaire français qui, d’une manière fulgurante, nous avait ouvert les portes de la victoire." (Mark Clark, Les Alliés jouent et gagnent, Editions Berger-Levrault, 1952).
*Le film Indigènes a eu le mérite d’informer à l’opinion publique française le rôle primordial qu'a joué l’Armée d’Afrique, avec ses combattants africains, du 19 novembre 1942 au 9 mai 1945 pour concrétiser la revanche militaire contre l’armée allemande. Le 4 octobre 2006, après la sortie dans les salles de cinéma françaises du film, l'hebdomadaire Minute afficha sur sa couverture en gros caractères le titre suivant : "L’Armée d’Afrique, c’est Pétain". C’est en effet le maréchal Pétain qui avait fait reconstituer, en octobre 1940, cette armée par l'intermédiaire du général Weygand, nommé délégué général du gouvernement pour l’Afrique française.
Il faut savoir que dès l'armistice de juin 1940, l'ordre permanent fut donné de saborder les navires dont l'ennemi tenterait de s'emparer. Cet ordre est exécuté le 27 novembre 1942 avant l'aube, quand les VIIe et Xe Panzer pénètrent dans Toulon. 90 bâtiments jaugeant 225 000 tonnes, soit le tiers de la flotte de 1939, sombrent en quelques heures. Certaines personnes estimeront que ce drame aurait pu être évité, mais aucun ne peut contester la volonté du Maréchal d'empêcher l'Axe de s'emparer du matériel militaire français. Par ailleurs, en agissant ainsi, il respecte les Accords Pétain-Churchill de décembre 1940. Sur ce sujet, Pétain va se justifier devant la Commission d'Instruction de la Haute Cour en juin 1945 :
"Pour répondre à la question posée sur le sabordage de la flotte, à Toulon, le 27 novembre 1942, il importe de revenir en arrière. L'armistice laissait la flotte à peu près intacte, mais désarmée et mise en gardiennage. Elle demeurait notre propriété.
C'est pour parer à une violation des clauses de l'armistice, aussi bien par les Allemands que par les Anglais, et pour satisfaire à l'engagement pris vis-à-vis de ces derniers à Cangé, que furent données, dès l'armistice, et ne furent jamais abrogées, les consignes de sabordages. L'agression de Mers-el-Kébir, le 3 juillet 1940, permit alors d'obtenir des puissances de l'Axe la constitution d'une "force de haute mer". L'ordre de sabordage fut maintenu.
Après le débarquement en Afrique des forces anglo-saxonnes, les Allemands, le 11 novembre 1942, envahissaient la zone libre. Mon gouvernement réussit alors à élever autour de la flotte un ultime rempart en obtenant du haut commandement allemand que la défense du camp retranché de Toulon fût laissée à la marine française.
D'autre part, aux termes du traité secret que j'avais fait négocier avec M. Winston Churchill, il était stipulé que la flotte devait se saborder plutôt que de tomber entre les mains des Allemands ou des Italiens. Lorsque, le 27 novembre, une division cuirassée allemande pénétra dans le camp retranché de Toulon et chercha à s'emparer de notre flotte, l'amiral de Laborde donna l'ordre de sabordage, conformément à la consigne permanente, à l'engagement pris vis-à-vis des Anglais et au code de justice maritime. La flotte française n'était pas tombée aux mains des puissances de l'Axe.
 
Pourquoi n'ai-je point donné l'ordre à la flotte dès le 11 novembre de gagner l'Afrique ? L'ordre, pour des raisons techniques, n'était point exécutable et la flotte eût été vouée à la destruction ; donc, le départ eût amené les mêmes conséquences que le sabordage. En outre, cet ordre eût été le signal de la reprise des hostilités contre l'Allemagne, et eût exposé la France désarmée à de terribles représailles sans aucun bénéfice pour la cause alliée. Entre deux maux, le politique doit choisir le moindre.
Il m'a paru moins grave que la flotte se sabordât, conformément aux engagements, plutôt que de l'envoyer à sa perte et de déchaîner sur la France des violences sans précédent, notamment le retour en captivité des 700 000 prisonniers dont j'avais obtenu la libération, et la substitution au gouvernement français d'un "gauleiter". Ainsi, ai-je épargné les pire et aidé à la victoire commune, empêchant l'Allemagne d'augmenter son potentiel de guerre par la capture de notre flotte.
Je n'en considère pas moins le sabordage, inévitable, comme un sacrifice et comme un deuil national."
(Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 582-583).

 

Après la perte de ses pouvoirs le 17 novembre 1942 (sur ce sujet, je vous invite à consuler l'article concernant le coup d'Etat de Laval http://realite-histoire.over-blog.com/article-24985330.html), le premier combat que livra le Maréchal concerne la tentative de reprendre Paul Reynaud et Georges Mandel aux mains des Allemands, ces derniers ayant enlevés les deux hommes alors que le Maréchal les avait emprisonné au fort du Portalet. Voici sa lettre de protestation datée du 24 novembre et adressée au ministre des Affaires Etrangères du Reich Ribbentrop, dans laquelle il demande en vain la libération de Mandel et de Reynaud :

"Monsieur l'Ambassadeur,

Les autorités allemandes d'occupation ont cru pouvoir s'emparer des personnes de MM Reynaud et Mandel et, après les avoir retirées du fort du Portalet où elles étaient régulièrement détenues, les ont transférées en zone occupée.

MM Reynaud et Mandel ont été condamnés dans une enceinte fortifiée par ma décision du 16 octobre 1941 que j'avais prise sur l'avis du Conseil de justice politique institué par le décret du 29 septembre 1941 pour l'application de l'acte constitutionnel n°7.

Cette condamnation a été motivée par des faits qui concernent exclusivement la politique française.

Ces deux hommes politiques français ne relèvent donc que de la justice française et seul le Gouvernement français a la qualité pour décider de leur détention.

La France seule a le droit d'en connaître, et la puissance occupante ne peut s'immiser dans ces questions sans commettre une grave infraction aux principes fondamentaux du droit des gens.

Je proteste solennellement contre cette mesure de force et demande au Gouvernement allemand de restituer sans délais MM Reynaud et Mandel. Il n'appartient qu'au Gouvernement français de prendre toutes mesures utiles pour s'assurer l'exécution de ma décision du 16 octobre 1941.

Veuillez agréer, monsieur l'Ambassadeur, l'expression de ma haute considération.

Signé : Ph. Pétain" (cette lettre fut signalée par Jacques Le Groignec dans Pétain et De Gaulle, Nouvelles Editions Latines, 1998, p. 295)

 

Au soir du 27 novembre 1942, Pétain ne dispose plus de l'Afrique du Nord ni de la Flotte de haute mer. Sa stratégie avait permis de contenir les Allemands pendant que les États-Unis intervinrent en force en Afrique du Nord. Plusieurs personnes pensèrent que le chef de l'Etat alla quitter son poste. Son secrétaire général rapporte son rejet d'une telle éventualité, qui avait été pourtant prévu par ses proches : "Pour moi, partir, c'est de beaucoup la voie la plus facile ; c'est celle qui me délivre du calvaire que je gravis. Eh bien, non ! Je ne puis abandonner les Français, je suis un paratonnerre pour les Français. L'histoire dira plus tard que je leur ai évité de graves choses, je pense encore leur en éviter. Je resterai, devrais-je en souffrir encore beaucoup plus." (Déposition de Jean Jardel – Procès du Maréchal, Journal Officiel du procès, p. 301). André Lavagne, chef de son cabinet civil qui connaissait sa personnalité, pensait que "le Maréchal, dominé par l'idée peut-être un peu trop simple et un peu trop militaire de ne pas "déserter", refuse ce qu'il assimile un abandon de poste." (Benoît Lavagne, Auprès du maréchal Pétain, tome II, p. 84 [il faisait mention au Mémoire d'André Lavagne pour la commission pour l'épuration du Conseil d'Etat, le 10 novembre 1944]).
Dans les voeux qu'il adresse aux Français, le 24 décembre 1942, Pétain confirme son souhait de rester en France, d'après la promesse qu'il avait faite avant de recevoir les pleins pouvoirs : "En juin 1940, je vous avais promis de rester parmi vous. J'ai tenu ma promesse et me voici toujours au poste que l'Assemblée Nationale m'a assigné, toujours prêt à servir. Mon honneur à moi est de rester à ce poste face au danger, sans armée, sans flotte, au milieu d'une population malheureuse." Par ailleurs, à la fin de ce même discours, il exprime la volonté d'une victoire des Alliés : "À l'heure où il semble que la terre manque sous vos pieds, levez la tête vers le ciel. Vous y trouverez assez d'étoiles pour ne plus douter de l'éternité de la lumière et pour placer où il convient vos espérances." Après cet enregistrement à la radio, il confie à la famille Ménétrel, avec qui il est proche : "J'espère que les Français comprendront l'allusion aux Américains. Je pense que c'est clair." (témoignage de Aline Ménétrel cité par Raymond Tournoux dans Pétain et de Gaulle, Nouvelles Editions Latines, 1964, p. 275, et dans Pétain et la France, 1980, p. 435-436). En ce qui concerne sa volonté de rester en métropole, vous pouvez constater ses motivations dans l'article 4 de Pétain et l'antisémitisme (http://realite-histoire.over-blog.com/article-24985330.html).
Par l'armistice, Pétain avait permis d'arrêter les Allemands et de protéger la plate-forme du Maghreb, d'où s'élancèrent les forces alliées en 1943, et qui débarquèrent en Corse et en Italie en septembre. L'historien allemand Elmar Krautkramer écrit : "Dans l'histoire de la seconde guerre mondiale, on a pas apprécié à sa juste valeur le rôle que la france avait joué entre les deux camps ennemis. Le combat mené par la France et la façon dont elle s'est relevée de sa défaite n'a pas commencé avec l'appel du 18 juin, mais tout a débuté, et peut-être avec plus d'efficacité, avec l'armistice de Rethondes." (Elmar Krautkramer, Vichy 1940-Alger 1942, Economica, 1999).
En Octobre 1943, il s’adresse aux commissaires généraux, les officiers commandant les troupes dissoutes en novembre 1942. Il s’intéressait au matériel militaire existant sur leur territoire, et s’ils maintenaient des contacts avec les troupes démobilisées « Voyez-vous, je crois au débarquement des Américains [en France] et, à ce moment là, il faudra bien que nous les aidions par les armes. » (Déposition du général Ruby - Procès du Maréchal, Journal Officiel du procès, p. 241).
Dans une lettre de Ribbentrop datant du 29 novembre 1943, le ministre nazi montre clairement son hostilité au chef de l'Etat Français, ainsi que des soupçons de tractations avec les Alliés : "L'Allemagne pouvait espérer, au moins depuis Montoire, qu'en réponse à la politique généreuse du Führer, vous consolideriez, monsieur le Maréchal, de plus en plus la situation en France après la guerre perdue et que vous rendriez toujours plus féconde la collaboration, tant de fois promise, avec l'Allemagne. Or, si l'on jette un regard sur les trois dernières années des rapports franco-allemands, on ne peut que constater que cet espoir n'a été réalisé que partiellement et que les mesures que vous avez prises, Monsieur le Maréchal, en votre qualité de chef de l'Etat français, n'ont eu malheureusement que trop souvent le résultat de rendre plus difficile la collaboration amicale qui était, sans aucun doute, sérieusement désirée par nos deux peupes et certainement par nos deux peuples et certainement poursuivie par le gouvernement français. Le Coup d'Etat anticonstitutionnel tenté le 13 décembre 1940, par lequel monsieur Laval devait être éliminé comme chef du gouvernement sur le reproche de la collaboration avec l'Allemagne et même sur l'inculpation d'avoir conspiré avec les services allemands contre vous, monsieur le Maréchal, afin de vous attirer dans un guet-apens à l'occasion du transfert de la dépouille mortelle du duc de Reichstadt à Paris et de vous destituer ; plus tard, la trahison de vos généraux et amiraux en Afrique du Nord et la participation indirecte à cette trahison de certaines personnalités les plus hauts placées de Vichy, la violation avérée de nombreuses dispositions militaires de la Convention d'armistice et, maintenant, la récente tentative d'une récente tentative de révision constitutionnelle, dirigée encore, en fin de compte, contre l'Allemagne et apparemment destinée, par la remise en activité de l'ancienne Assemblée nationale française, devenue entièrement illégale, à jeter les ponts en direction du Comité d'Alger et, par la suite, avec les Anglais et les Américains, tout cela caractérise les étapes d'un chemin qui s'éloigne, de plus en plus, de Montoire. [...] Pour toutes ces raisons, vous ne serez pas surpris, Monsieur le Maréchal, si le gouvernement du Reich a observé votre activité comme chef de l'Etat avec une réserve toujours croissante. Les difficultés constantes qui ont été opposées à la mise en oeuvre d'une politique de collaboration véritable avec l'Allemagne et qui, ainsi qu'il résulte de mes informations, ont, sans cesse, provoqué pendant les derniers mois de nouvelles crises intérieures, montrent clairement une prise de position dont les motifs et les buts ne laissent pus guère de doutes." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 506-510). Cela prouve donc que Pétain était davantage perçu comme un obstacle que comme un collaborateur pour les Allemands.
Le 9 février 1944, le préfet François Martin remet sa démission au Maréchal à cause du remaniement ministériel imposé par l’occupant. Ce dernier répondra : « Si c’est le devoir de votre conscience, vous faîtes bien de partir […] Vous, vous pouvez remettre vos fonctions entre mes mains. Moi, je suis dépositaire d’une autorité que je ne peux remettre à personne […] Je suis prisonnier des Allemands […] Il y a des choses que je ne peux pas accomplir, car ils m’emmèneraient en Allemagne […] et je serais privé de la possibilité […] de finir l’œuvre qui m’a été confiée. » (Déposition de François Martin - Procès du Maréchal, Journal Officiel du procès, p. 253).
Le 19 février 1944, le chef de la Milice Joseph Darnand fait un exposé général sur les maquis auprès de Pétain. Il évoque ceux qui existent à cette date et insiste sur le potentiel danger du principal d'entre eux, celui des Glières en Savoie. Contre l'attente des miliciens, le Maréchal déclare : "Il faudrait que je puisse aller voir ces jeunes gens. Ma carrière ne m'a pas préparé à ce genre de guerre mais je pourrais leur donner quelques conseils utiles ; ils ne peuvent rien faire de bon tant qu'ils restent groupés. Il suffira d'une division allemande pour les mettre en pièces. Il faut tâcher de les ramener sans leur faire de mal." Pierre Laval ajouta à Darnand : "N'oubliez pas que parmi ces maquisards, il y en a beaucoup qui sont des chasseurs alpins comme vous." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 535). Alors il fut décidé que le chef de la Milice envoie deux prêtres munis d'instructions, afin que le maquis se rende sans effusion de sang. En parallèle, aucun mal se seront fait à ces résistants. Malheureusement, cette mission n'aboutit pas. Les miliciens et les Allemands écrasèrent le maquis le 26 mars en fusillant une grande partie des survivants, contre l'avis de Pétain.
D'ailleurs, le maréchal Pétain fut sommé de s'expliquer sur sa vision de la résistance pendant son procès. Il a rédigé une petite note manuscrite qu'il a transmise à son juge d'instruction. Cette note a longtemps été cachée du public. Un fac-similé de cette note a été publié dans le journal Paris-Presse du 9 octobre 1964 :
Note sur la Résistance
1 - J'ai toujours résisté aux Allemands.
2 - Donc je ne pouvais être que favorable à la Résistance. La Résistance est le signe de la vitalité d'un peuple.
3 - En tant que chef de l'État je ne pouvais l'approuver publiquement en présence de l'occupation.
4 - J'ai toujours fait une distinction entre les résistants aux Allemands et ceux qui ont utilisé ce prétexte pour se livrer à des crimes de droit commun ; ce sont ceux-là seuls que j'ai qualifié de terroristes. Les Résistants ont eux-mêmes protesté contre les excès de ces derniers.
5 - J'ai désapprouvé comme l'a d'ailleurs fait le général de Gaulle les attentats individuels contre les membres de l'armée d'occupation. Je n'ai jamais cherché à avilir la Résistance, car j'étais moi-même un Résistant. Le Résistant de France dans la métropole.

 

Petain

 

Le dernier combat du Maréchal à Vichy : tenter de limiter les pertes civiles françaises innocentes

Le 17 juin 1944, alors que les Alliés viennent de débarquer en métropole, Martin du Gard reçoit le maréchal Pétain. Au cours d'une conversation, ce premier indiqua que le chef de l'Etat : "se met en colère : On me passait la faillite et débrouillez-vous. Puis il passa à de Gaulle : C'est un homme d'une ambition terrible ! Arrogant comme je n'en ai jamais rencontré, menteur, difficile à vivre, ayant toujours des histoires partout." Mais concernant les Américains, son appréciation est tout autre : "Il me redit son affection pour les Américains, et quand je lui demandais s'il comptait lâcher la barre : Je ne suis pas parti en novembre 1942, ce n'est pas aujourd'hui que je m'en irai. [...] Partir eût été lâche. Que serait-il devenu des Français ? C'est lui qui protégeait les réfugiés alsaciens, les Juifs, les communistes [A ne pas confondre avec les bolcheviques] ; s'il était parti, les S.S auraient éliminé tous les Juifs. Pour conclure, il exprima l'espoir que les réussites de la révolution nationale, la Charte du travail, la charte des paysans, survivraient. Le bateau penche, il ne faut pas qu'il sombre."  (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 553). Evidemment, c'est un point de vue, mais beaucoup pensaient la même chose à cette époque.
Donc après le débarquement Alliés, Pétain tente toujours de préserver le territoire français et ses habitants au delà de la guerre. Dans une lettre adressée à Hitler le 9 juillet 1944, il demande que la population française soit épargnée, et ira même jusqu'à couvrir les actes de résistances françaises. En voici un extrait :
"La population française, dans son ensemble, fait preuve de calme et de dignité dans les tragiques circonstances actuelles. Elle a répondue à l'appel de sagesse que je lui ai adressé et elle a suivi les consignes de disciplines du chef de gouvernement.
Les Autorités militaires allemandes l'ont elles-mêmes reconnu, particulièrement dans les zones de combats.
Dans le centre de la France, par contre, il existe quelques zones de désordre. Ce désordre est causé par des bandes souvent formées de terroristes étrangers. Mais la population elle-même, si parfois elle est contrainte, sous l'emprise de la menace et de la terreur, à livrer des vivres à ces bandes armées, demeure le plus souvent à l'écart des actions dirigées contre les troupes d'occupation.
Dans de trop nombreuses occasions, ces dernières ont procédé à des représailles dont l'ampleur et parfois la rigueur ont dépassé la mesure des torts causés.
Ces représailles ont atteint une population innocente et irresponsable, qui est d'autant plus émue et révoltée de cette injustice qu'elle avait été habituée jusqu'à présent à voir les membres de l'armée allemande se conduire avec une grande correction.

[...]
Il y a eu, au cours des dernières semaines, beaucoup d'évènements de ce genre. Les plus graves ont été portés à la connaissances des autorités allemandes par le chef du gouvernement. Je vous adresse, en annexe, le récit de quelques-uns des plus marquants.
Il est de mon devoir de porter solennellement à votre connaissance ces procédés de représailles que je déplore."
Cette lettre est présente dans Actes et Ecrits (Flammarion, 1974, p. 625-626). De plus, il est important de signaler que le Maréchal avait joint cinq dossiers annexes dont les titres étaient révélateurs :
"I. - Représailles d'Ascq (2 avril 1944) - 120 innocents fusillés
II. - Incendie de Rouffignac (4 avril 1944)
III. - Représailles de Tulle (7 juin 1944) - 99 innocents pendus
IV. - Représailles de Marsoulas (10 juin 1944) - 37 innocents (dont 6 femmes et 14 enfants) fusillés
V. - Représailles et incendie d'Oradour-sur-Glane (10 juin 1944) - 800 innocents (dont de nombreux enfants réfugiés) massacrés ou brûlés vifs."

Chaque annexe comportait les différents crimes commis par l'armée allemande (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 626). Marc Ferro en dit davantage sur la réaction du Maréchal sur le massacre d'Oradour : "Les témoignages concordent pour attester que le massacre d'Oradour-sur-Glane mit le maréchal Pétain en colère sous l'effet d'une très grande douleur." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 563). L'historien précise qu'un rapport sur le sujet a été rédigé par le préfet régional de Limoges Freund-Valade, et a été conservé puis reproduit par Henri Noguères dans Histoire de la Résistance. Il ajoute qu'après avoir pris connaissance des faits, Pétain avait convoqué Renthe-Fink et déclara : "Vous brûlez les villages, vous massacrez les enfants, souillez les églises, vous couvrez votre pays de honte. [...] Vous êtes une nation de sauvages." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 563-565).
Enfin, on peut émettre une dernière preuve permettant de constater que le Chef d'Etat souhaitait prioritairement sauvegarder la nation. Alors qu'il n'a plus aucun moyen d'action, il demande à Hitler le 11 août 1944 nul autre que d'épargner Paris. Nous pouvons le remarquer dans cet extrait :
"L'agglomération parisienne risque d'être prochainement englobée dans la bataille. A l'approche de cet événement si grave, il est de mon devoir de m'adresser à Votre Excellence pour lui demander de décider des moyens propres à épargner à la population parisienne le sort qui la menace, en déclarant Paris ville ouverte.
[...]
Je connais les terribles épreuves qui se sont abattues sur les villes allemandes et sur leur courageuse population au cours de long mois. Mais quelque dures que soient les épreuves d'un bombardement aérien, elles ne sont pas comparables aux destructions et aux pertes d'existences qu'entraînerait une bataille livrée dans une grande métropole, dont il est matériellement impossible d'envisager l'évacuation.
Je ne puis enfin pas passer sous silence le souhait que je forme pour que soient épargnés les trésors d'art et les monuments historiques qui évoquent un long passé de labeur et de civilisation.
Tenant compte de considérations analogues, vous avez bien voulu donner les ordres nécessaires pour que des cités comme Rome et Florence, avec leurs trésors historiques, soient épargnées.
J'ai la ferme conviction que Votre Excellence consentira à prendre, en faveur de Paris, des mesures permettant d'en assurer la sauvegarde."

(Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 624-625).


Je terminerai sur ce thème en rappelant que l'une des justifications de la condamnation du maréchal Pétain était, lors de son procès, l'acceptation de la défaite vis-à-vis de Allemagne, en plus de ceux d'intelligence avec l'ennemi et haute trahison. Cette condamnation est-elle justifiée ? A chacun sa conclusion ! Personne ne peut nier une collaboration entre Pétain et les forces de l'Axe, principalement les Allemands. Cependant, dire qu'il n'a jamais collaboré avec plusieurs Etats Alliés en parallèle, comprenant les Etats-Unis et le Canada, c'est ignorer des sources et nier certains faits. Il est vrai que les documents prouvant une collaboration par rapport à l'Allemagne sont  les plus importants, mais cela est logique du fait que l'Etat Français administrait la métropole sous occupation partielle puis totale. Et pour diverses raisons, des négociations fréquentes avec l'Occupant semblaient nécessaires. Pour ma part, je pense qu'un homme ayant collaboré avec l'Allemagne prouvait aussi collaborer avec les Alliés, et les données sont suffisantes pour le prouver. Pour Pétain, la survie de la France était la priorité absolue, quel que soit le déroulement de la guerre. Par conséquent, il fallait respecter les principes de l'armistice avec l'Allemagne quitte à collaborer avec l'Axe, lutter contre le communisme destructeur des nations, tout en essayant de garder l'amitié des Américains. De plus, il ne faut pas oublier qu'un chef d'Etat avait le devoir de prévoir ce qui allait se passer pour préparer son pays à l'avenir. Donc affirmer qu'il avait envisagé à la fois la victoire de l'Axe et des Alliés ne relève pas de l'hérésie, et les différentes sources receuillies prouvent ses hésitations constantes sur l'issue incertaine du conflit. Le double jeu de Philippe Pétain n'est donc pas totalement un mythe mais une réalité partielle, mais dans le sens où il a tenté de s'entendre avec plusieurs Etats quel que soit le camp, sauf ceux qui étaient communistes. Néanmoins, si on veut être au plus proche de la réalité, on devrait parler de multiples jeux. Charles de Gaulle n'avait-il pas déclaré lui-même à François Lehideux, ancien secrétaire d'Etat à l'équipement puis à la production industrielle entre 1941 et 1942, un soir de 1950 : "Le Maréchal était trop grand pour les Français, qui ne le méritaient pas" (Jean Raymond Tournoux, Pétain et la France, Plon, 1980, p. 543, et Jacques Le Groignec, Réplique aux diffamateurs de la France, Nouvelles Editions Latines, p. 99) ? Pour une question d'objectivité, je ne rejette aucune source. Par ailleurs, du fait d’une meilleure information de l’opinion publique française, s’impose la nécessité du transfert à Douaumont, auprès de ses soldats de Verdun, des cendres du maréchal Pétain. Tant que son testament ne sera pas respecté et que celui-ci ne sera pas réhabilité avec les honneurs dus à son rang, la réalité restera toujours cachée au profit du parti pris.

 

Commentaires (1)

Gozlan Lucien
  • 1. Gozlan Lucien | 22/04/2016
Pour repondre a ce recit sur le titre du recit " Petain faisait-il double jeu a Vichy. ?
Il faut revoir le recit du Lt Colonel JOUSSE place dans la rubrique Operation TORCH ainsi que le temoigange de celui-ci.

http://www.judaicalgeria.com/pages/general-germain-jousse-le-debarquement-allie-du-8-novembre-1942.html

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Date de dernière mise à jour : 21/04/2016