Regards sur les Juifs d'Algérie

Regards sur les Juifs d'Algérie  

Robert Attal  Editions l’Harmattan 1996

Regards sur les juifs d algerie

Déjà fort connu pour sa contribution à l’étude des Juifs des pays d’Orient et du Maghreb, Robert Attal, bibliographe et bibliothécaire de l’Institut Ben-Zvi de Jérusalem, a publié en 1996 chez l’Harmattan une compilation de textes historiques, sociaux ou littéraires rédigés à diverses époques par différents auteurs et concernant les Juifs d’Algérie.

Analyse de Bernard Pierron dans La lettre Sépharade
http://www.lalettresepharade.fr/home/la-revue-par-numero/numero-18/regards-sur-les-juifs-d-algerie---robert-attal

 

Ce livre, riche source d’informations sur les Juifs arabophones, nous fournit également des renseignements sur l’élément hispanophone venu s’installer au Maghreb essentiellement entre 1391 et 1492. Nous connaissons surtout le développement de la communauté sépharade de la Méditerranée orientale après l’expulsion ordonnée par les rois très catholiques au lendemain de la prise de Grenade, mais le rôle et l’importance des émigrés espagnols en Afrique du Nord en général et en Algérie plus particulièrement reste pour la plupart d’entre nous assez imprécis. L’un des mérites de l’ouvrage de R. Attal est de nous éclairer quelque peu sur cette question. 

L’influence des nouveaux venus sur les juifs indigènes ne fut pas des moindres, influence exercée surtout par les rabbins qui, tel le célèbre Simon ben Sémah Duran, s’employèrent à régénérer la vie intérieure des communautés en codifiant et en unifiant les usages alors répandus. C’est ainsi que Duran posa par écrit les lois sur le mariage et la succession connues jusqu’à nos jours sous le nom de Taqqanot d’Alger, lois qu’adoptèrent sous cette dénomination les Communautés des contrées voisines. Notons cependant qu’il est précisé à l’article 9 que “Les dispositions ci-dessus énumérées ne s’appliquent qu’aux membres des Communautés judéo-espagnoles et à ceux qui veulent y entrer par voie de mariage…”

Nous pouvons en déduire, et nous ne sommes pas les seuls, que les nouveaux venus qui avaient connu la brillante culture de l’Espagne, antérieurement à la reconquête chrétienne, devaient éprouver vis-à-vis des juifs anciennement établis en Algérie, un sentiment de fierté, ce qui ne les empêcha pas de s’intégrer progressivement à ces derniers. Pour corroborer cette déduction il suffit de mentionner que six familles prétendirent toujours que leur ascendance était purement espagnole. Ce furent les Stora, Duran, Seror, Benhaïm, Oualid et Ayache.

Le fait est que l’Afrique du Nord nous apparaît aujourd’hui comme étant surtout le domaine de la culture judéo-arabe par symétrie à la portion de l’Empire ottoman où se réfugièrent après 1492 les Juifs espagnols qui eux s’imposèrent et imposèrent leur langue aux communautés plus anciennement établies. Ce sentiment de la  prédominance de la culture judéo-arabe au Maghreb est sans aucun doute dû à l’important  travail de chercheurs tels que Haïm Zafrani qui nous a rendu familière la civilisation juive marocaine par les nombreux ouvrages qu’il a publiés. 

Cependant cette constatation ne doit pas reléguer dans l’ombre le rôle des hispanophones qui, persécutés en Espagne, vinrent peupler dès 1391 les villes algériennes. Les traditions musicales rapportées d’Andalousie sont là pour confirmer que l’apport des Espagnols à la culture juive maghrébine est loin d’être négligeable. Quelques légendes liées à la venue de ces hommes les enveloppent également d’une aura prestigieuse qui contribua sans aucun doute à les faire accepter dans leur milieu d’accueil. L’une des plus belles est celle du rabbin Simon ben Smia qui, emprisonné avec soixante notables de Séville, traça à l’aide d’un morceau de charbon de bois sur le mur de sa geôle une caravelle qui aussitôt les transporta tous à travers la ville jusqu’à la mer. C’est par ce moyen merveilleux qu’il gagnèrent Alger où ils trouvèrent refuge. 

Une époque aussi sombre où cependant les imaginations pouvaient créer de si beaux mythes peut nous laisser rêveurs. Rêveurs et amusés nous le sommes aussi lorsque le vicaire Don Pedro Cantero Vaca révèle qu’un dénommé Cansino, issu de l’une des cinq premières familles qui peuplèrent Oran, lui affirmait que les Cansino ne pouvaient avoir pris part à la mort du Christ, puisqu’ils étaient à ce moment-là déjà à Tolède… 

Bien sûr R. Attal offre au lecteur un choix très étendu de textes couvrant une période de 2000 ans, depuis l’antiquité jusqu’au départ vers la France en 1962 de 125.000 Juifs d’Algérie. S’il est difficile de saisir la logique du classement de ces textes, il n’en reste pas moins qu’ils nous fournissent des éléments complémentaires aux études déjà parues, fort  intéressants.

 

 

 

 

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