Sur la route de l'exil

SUR LA ROUTE DE L'EXIL par Paule Combret

Le référendum a tranché le sort d'un peuple qui fut accusé de tous les mots, alors qu'il était simple, joyeux, beau parleur, extraverti et généreux. Et la plupart de ces membres ne comprenait rien à la politique. Ils vivaient au bord d'une mer d'argent, ou dans des oueds éloignés des villes, exhalant le parfum des fleurs d'orangers, tous ensemble, car juifs, arabes ou chrétiens d'origines diverses, se côtoyaient en harmonie.

Mais il faut croire que c'était trop simple, ou trop compliqué, de chercher une solution qui eut permis à tous de vivre en équité.

Depuis que la France aux rives lointaines avait statué sur notre sort, ma mère, au risque de sa vie, brava bombes et rafales de mitraillettes, dans des queues interminables afin d'avoir des places sur un bateau en partance.Ma petite sœur et moi, dont l'école est fermée depuis longtemps, aidions notre grand-mère de notre mieux. Vaisselle et argenterie préservées dans des emballages, linge de maison savamment plié, tableaux décrochés et préservés, caisses hermétiquement prêtes pour le grand voyage. Jusqu'aux matelas roulés et encordés comme des saucissons, le matin du dernier jour. Mais tout cela en vain, car nous apprîmes plus tard que les cadres qui devaient nous être envoyés par le déménageur, furent éventrés sur les quais.

Cependant, tu reviens triomphante, Maman, brandissant fièrement ces billets si chèrement acquis, et grâce à ton héroïsme aussi. Et dans le coffre de la voiture il y avaient 8 valises, deux seulement par personnes autorisées par le Gouvernement. D'ailleurs était-ce des valises, ces boites en contre-plaqué, munies de deux crochets et d'une ficelle pour toute serrure ? Que que tu payas chacune, 20 Francs de l'époque, au marché noir.

Mais l'heure du départ pour la Corse comme destination a sonné. Pour tromper le temps et l'inquiétude de nos cœurs, t'en souviens-tu Mamie là où tu es ? Tu as allumé la télévision où se produisaient dans un show deux vedettes Corses justement, Pascal et Dominique. Et ironie suprême,je garde encore dans mes oreilles, ce chant qui s'appelait Non Torna Piu. Et non, nous ne sommes plus retournées là-bas.

50 ans après, ce peuple dont les pieds resteront noirs à jamais, a su surmonter ses traumatismes et ses membres ont réussi, pour la plupart, leurs vies. Mais il sait tout ce qui se cache derrière le mot «exil», et garde, sous sa faconde familière, une plaie éternelle au cœur .

 

Paule Combret. Fevrier 2012

 

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Date de dernière mise à jour : 29/12/2014