Taos ou l'extraordinaire destin d'une juive kabyle

Taos ou l'extraordinaire destin d'une Juive kabyle

Roman de Jibril Daho Editions Franco-Berbères

Taos ou l extraordinaire destin d une juive kabyle

 

Dans les dernières décennies du XIXe siècle, une jeune Juive   native de Ghardaïa,  et un jeune musulman mozabite  décidèrent de se marier envers et contre tous. Le couple eut une seule fille qui épousera  un  colporteur kabyle d'huile d'olives et de figues sèches.

Le marchand et sa femme s’établirent  non loin de Bejaia, dans la vallée de la Soummam. Au  début des années 50 du siècle dernier,  Leur fille, à 30 ans, se maria avec un Kabyle, ancien militaire de carrière, rentré d’Indochine.

Le couple eut un garçon, qui, plus tard, choisira le métier d’Imam. A la fin du XXe siècle, après la démission du Président de la République,  l’annulation du deuxième tour des élections législatives , et l’apparition du terrorisme ismaliste, l’Imam qui venait de perdre sa mère, n’ayant plus d’attache en Algérie, décida de s’exiler en France.

 L’auteur vous entraîne dans les sillons d’une étonnante intrication judéo musulmane  sans précédent.

 

Jibril DAHO

Né en 1951 en Kabylie  maritime du Sahel, pétrochimiste de formation, il a, toutefois, une propension pour la littérature. Imprégné de la culture berbère, il tend, comme son  aîné Mouloud Feraoun,   à la faire connaître à travers le monde. Aujourd’hui, paisible retraité, c’est de ses montagnes kabyles qu’il observe les mutations  sociétales de son pays kabyle.

Djibril daho

 

Interview:

A la suite de ce message de Monsieur Jibril Daho :

Pouvez-vous  publier sur le site de "judaïcalgéria" mon interview parue dans le quotidien algérien "LaCité" du 21 fevrier. Il faut que mes amis juifs sachent qu'il y a des Musulmans qui se battent contre l'antisémitisme....quand bien même ils vivent dans la gueule perfide de cet antisimétisme. Merci

Nous publions cet entretien avec Jibril Daho, l'auteur de "Taos ou l'extraordinaire destin d'une juive kabyle"

Paru dans le quotidien algérien « La Cité »17 Février 2015 , Rédigé par Hassani Mhamed Publié dans #articles parus dans le quotidien La Cité

A propos de Jibril Daho auteur de « Taos… »

Il donne l’impression de débarquer d’une autre planète avec sa haute et sombre silhouette qu’un chapeau noir sépare du ciel. Quand il fixe les yeux sur vous, la bouche entrouverte ou les lèvres aplaties, à mi-chemin du sourire, son regard scintille dans l’attente de ce qui viendra en favoriser l’éclosion ou l’extinction. J’ai appris à le connaitre. Je me méfie de ses silences, tout en les respectant, j’encourage son désir de parler en hochant ma tête. J’oppose mon silence à son verbe pour éviter son repli, hérisson qui protège la fragilité de ses sens. Oui, Jibril a sa sensibilité au bout du nez, du regard et du verbe. Laissez-le s’épanouir, en fleur, il vous donnera ce qu’il a de meilleur, un miel rare, qui ne se transforme jamais en fiel, il préfère s’en aller reprendre son envol de l’autre côté de la montagne, où il ira s’émerveiller dans les classiques des siècles et le tumulte de l’histoire des humains qui le passionnent plus que tout. Les grands noms de la littérature universelle ne l’intimident guère, il en a fait ses interlocuteurs permanents. Brasser l’histoire des hommes pour retrouver le chemin de l’Homme. Ne pas tomber dans les mesquineries de l’hypocrisie quotidienne qui se contente d’une survie sans saveur ni valeur. Un fugitif comme j’en ai rarement rencontré dans ces contrées.

Quand il vous parle, les villes défilent au rythme d’une vie fougueuse. Liant le geste à la parole, ses descriptions vous font voyager dans le temps et l’espace, puis vous découvrez l’agilité de ses mains qui happent la forme imaginaire en vous la retraçant devant vos yeux éblouis. La magie du conteur et la dextérité du magicien sont à l’œuvre. Laissez-vous gagner à ce noble rêve d’une humanité épanouie sans barrières physiques ou raciales. L’écrivain Jibril Daho vous accueille dans son royaume terrestre un peu ravagé par des agressions répétitives et toujours en voie de guérison.

Mhamed Hassani

 

Avant-propos.

Jibril Daho est venu tard à l’écriture. “ Taos ou l’extraordinaire destin d’une Juive kabyle “ a été édité en 2014 par les éditions franco-berbères en France, c'est son premier roman. Mais il ne compte pas s’arrêter là, dit-il enjoué. D’ailleurs, la suite de «Taos» est déjà en chantier.  Selon lui, il y a tellement de sujets intéressants qui mériteraient qu’on en parle, surtout dans un pays aussi paradoxal que le nôtre. En dépit des bibliothèques qui existent presque dans chaque commune, il déplore que notre jeunesse n’ait pas de propension pour la lecture, aussi bien en arabe que dans une autre langue.  Aujourd’hui, paisible retraité, c’est dans ses montagnes, à l’est de Bejaïa, que vit paisiblement Jibril Daho, loin des turpitudes des  grandes villes qu’il ne regrette pas d’avoir quittées.

 Entretien :

 1) l'histoire de Taos, est-elle véridique ou imaginée ?

En effet, l’histoire que je raconte dans mon roman « Taos ou l’extraordinaire destin d’une Juive kabyle » est plausible, bien qu’elle soit singulière. Mon roman véhicule un message de paix et de tolérance entre les hommes. Les premiers Juifs sont arrivés dans notre région qu’on appelait « Numidie », cinq siècles avant l’avènement du Christianisme. C’est dire que leur présence est millénaire. Du côté de Tipaza et de Sour El Ghozlane, on a découvert des vestiges de synagogues datant du IIIe et IVe siècle de l’ère chrétienne.  Avant l’avènement du Christianisme et de l’Islam,  la première religion monothéiste des Berbères fut bel et bien le Judaïsme. Des tribus berbères entières s’étaient converties au Judaïsme. Donc, le brassage interethnique et interconfessionnel a eu largement le temps de se faire. Sur les 130 000 Juifs qui avaient quitté l’Algérie en 1962, 30 à 40 000 n’étaient venus ni d’Espagne, ni de Tataouine Les Bains, ils étaient tout simplement d’origine berbère.

 Pour revenir à votre question, oui un mariage d’un musulman avec une Juive était réellement vraisemblable, notamment dans les milieux artistiques de n’importe quelle contrée d’Algérie,  les troubadours musulmans n’avaient aucune gêne à épouser une sociétaire juive de leur troupe. Chez les Hébreux, la Judaïté se transmet par filiation de la mère et non du père. Les enfants d’un Juif et d’une musulmane ne sont pas reconnus Juifs, mais ceux d’une Juive et d’un musulman sont Juifs à part entière.  

 2) comment t'es venu l'idée d'écrire ce roman?

 L’idée m’est venue d’écrire ce roman, suite à un article paru dans le quotidien « El Khabar » du 28 mars 2008. Un Imam juif qui dirigeait la prière dans une mosquée d’Alger. Dans l’article, on parlait d’infiltration, d’agent du mossad, etc. L’idéologie nihiliste qui consiste à nier l’existence des Juifs algériens de souche est tout simplement stupide. Les Juifs algériens sont aussi patriotes et aiment leur pays autant que leurs compatriotes musulmans et chrétiens.

Je suis révolté qu’au 21e siècle ils continuent à se comporter en Marranes comme s’ils étaient atteints de maladie honteuse. Le Marranisme est apparu en Espagne après la deuxième reconquista. Sous le règne du roi Ferdinand et d’Isabelle la catholique, on avait contraint les Juifs qui voulaient rester en Espagne, de se convertir au Christianisme. Ce qu’ils firent, mais en secret,   ils continuaient à pratiquer le culte juif. C’est exactement ce qui se passe en Algérie aujourd’hui, les Juifs ont une apparence musulmane.  C’est ce que j’ai décrit à travers les personnages fictifs de mon roman. Taos, la juive kabyle, petite fille d’une Juive mozabite mariée à un mozabite ibadite, vivait en Kabylie avec l’apparence d’une musulmane. Taos décéda par arrêt cardiaque en apprenant l’arrestation de son imam de fils lors des émeutes d’octobre 1988.  Ne partageant pas l’idéologie de l’Islamisme armé qui ensanglantait la terre d’Algérie dans la dernière décennie du siècle dernier,  l’imam, n’ayant aucune attache en Algérie,  s’exila en France en 1992.

Je trouve dommage qu’en Algérie, terre généreuse, peuple diversifié, on ne tolère pas que l’autre puisse pratiquer librement son culte et pourtant nos parents juraient par « JmaâLimane » : au nom de toutes les croyances.

 3) Revenons à l’édition de votre roman, avez-vous eu des échos de votre lectorat ?

Mon roman a été édité en France en avril  2014, il a eu un écho favorable parmi les lecteurs de toute confession, hamdoullah, chaque jour je reçois du monde entier, des messages d’encouragement. C’est mon premier roman, je suis un inconnu du monde littéraire, mais je suis tout de même satisfait. Depuis avril 2014 à ce  jour, il a parcouru un long chemin.  Il est vendu en France, Belgique, Italie, Maroc et Canada et, la cerise sur le gâteau, il est nominé à un prix 2015 (résultat en mai), mais, à ce propos,  je préfère ne rien dire de plus pour l’instant.  Un deuxième roman, la suite de Taos, sera chez mon éditeur français avant l’été In Challah. Pour l'Algérie, l'édition n'a pas encore eu lieu, mais n'empêche, des personnes intéressées l'ont commandé en France.

4) Ces derniers jours, le décès de deux grands noms, l’un de la littérature de langue française (l’académicienne  Assia Djebar)  et l’autre du cinéma (Roger Hanin) ont fait couler beaucoup d’encre en Algérie, ce pays où ils ont tenu à être enterrés, chacun auprès de sa famille. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

 Le décès de l’écrivaine et romancière algérienne Assia Djebar m’a profondément attristé. La géante de la littérature algérienne honorait l’Algérie par sa présence à l’Académie française. Sa disparition est une perte pour les femmes parce qu’elle était une infatigable féministe.  Une perte pour les Algériens qui voyaient en elle leur digne représentante à l’étranger. Une perte pour la langue française, et, enfin, une grande perte pour la littérature algérienne d’expression française.

 L’acteur  français Roger Hanin, natif de la Basse Casbah, était un grand ami de l’Algérie qu’il n’avait jamais cessée d’aimer  en dépit des incompréhensions et des soubresauts de l’histoire douloureuse.  Avant lui, son père, communiste, avait milité  pour l’indépendance de l’Algérie. Le fait que Roger Hanin fût de confession juive,  ne diminuait en rien son amour pour son pays natal. Tout au long de sa vie, quand il s’énervait c’était en arabe,  à l’accent algérois, qu’il manifestait sa colère. Pourquoi cela ? lui avait dit un jour un de ses amis. « Je ne sais pas. Quand je m’énerve ce sont mes racines algéroises qui s’excitent en premier. C’est normal, chez nous les Algériens, le sang est chaud » avait répondu le géant du cinéma français.   Son enterrement en terre algérienne, aux cotés de son père,  au cimetière israélite de Bologhine,  est un grand symbole de tolérance qui honore notre pays en ces temps de violence et de rejet de l’altérité qui se développe crescendo  un peu partout dans le monde. 

Merci Daho pour ce sympathique moment d’échange avec les lecteurs du quotidien la Cité.

C’est à moi de vous remercier et je souhaite longue vie à votre journal « La   Cité »

 Entretien réalisé par Mhamed Hassani

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 23/06/2016